Plus de 60% de la population humaine est connectée à l’Internet, la plupart des secteurs d’activité ont basculé dans le numérique et le logiciel pilote l’innovation. Or les normes et protocoles de l’Internet ont été inventés à une époque où moins d’un pour cent de la population était connectée. Il est temps d’utiliser les flots de données, la puissance de calcul disponible et les nouvelles possibilités de communication interactive au service du développement humain… et de la solution des graves problèmes auxquels nous sommes confrontés. C’est pourquoi je vais lancer bientôt un projet international – comparable à la construction d’un cyclotron ou d’un voyage vers Mars – autour d’une transcroissance de l’Internet au service de l’intelligence collective.

Saturne (photo Voyager)

Ce projet vise plusieurs objectifs interdépendants : 

  • Décloisonner la mémoire numérique et assurer son interopérabilité sémantique (linguistique, culturelle et disciplinaire).
  • Ouvrir les modes d’indexation et maximiser la diversité des interprétations de la mémoire numérique.
  • Fluidifier la communication entre les machines, mais aussi entre les humains et les machines afin d’assurer notre maîtrise collective sur l’internet des choses, les villes intelligentes, les robots, les véhicules autonomes, etc.
  • Etablir de nouvelles formes de modélisation et d’observation réflexive de l’intelligence collective humaine sur la base de notre mémoire partagée.

IEML

Le fondement technique de ce projet est IEML (Information Economy MetaLanguage), un système de métadonnées sémantiques que j’ai inventé, notamment grâce au soutien du gouvernement fédéral canadien. IEML possède :

  • la puissance d’expression d’une langue naturelle, 
  • la syntaxe d’un langage régulier, 
  • une sémantique calculable alignée sur sa syntaxe.

IEML s’exporte en RDF et il est basé sur les standards du Web. Les concepts IEML sont appelés des USLs (Uniform Semantic Locators). Ils se lisent et se traduisent dans n’importe quelle langue naturelle. Les ontologies sémantiques  – ensembles d’USLs liés par un réseau de relations – sont interopérables par construction. IEML établit une base de connaissances virtuelle qui alimente aussi bien les raisonnements automatiques que les calculs statistiques. En somme, IEML accomplit la promesse du Web sémantique grâce à sa signification calculable et à ses ontologies inter-opérables.

Pour une courte description de la grammaire d’IEML cliquez

Intlekt

Le système des URL et la norme http ne deviennent utiles que grâce à un navigateur. De la même manière, le nouveau système d’adressage sémantique de l’Internet basé sur IEML nécessite une application particulière, nommée Intlekt, dont le chef de projet technique est Louis van Beurden. Intlekt est une plateforme collaborative et distribuée qui supporte l’édition de concepts, la curation de données et de nouvelles formes de recherche, de fouille et de visualisation de données. 

Intlekt permet d’éditer et publier des ontologies sémantiques – ensembles de concepts en relation – liés à un domaine de pratique ou de connaissance. Ces ontologies peuvent être originales ou traduire des métadonnées sémantiques existantes telles que : thésauri, langages documentaires, ontologies, taxonomies SKOS, folksonomies, ensembles de tags ou de hashtags, mots-clés, têtes de colonnes et de rangées, etc. Les ontologies sémantiques publiées augmentent un  dictionnaire de concepts, que l’on peut considérer comme une méta-ontologie ouverte

Intlekt est également un outil de curation de données. Il permet d’éditer, d’indexer en IEML et de publier des collections de données qui viennent alimenter une base de connaissance commune. A terme, on pourra utiliser des algorithmes statistiques pour automatiser l’indexation sémantique des données.

Enfin, Intlekt exploite les propriétés d’IEML pour autoriser de nouvelles formes de search, de raisonnement automatique et de simulation de systèmes complexes.

Des applications particulières peuvent être imaginées dans de nombreux domaines comme:

  • la préservation des héritages culturels, 
  • la recherche en sciences humaines et les humanités numériques, 
  • l’éducation et la formation
  • la santé publique, 
  • la délibération démocratique informée, 
  • les transactions commerciales, 
  • les contrats intelligents, 
  • l’Internet des choses, 
  • etc.

Et maintenant?

Où en sommes-nous de ce projet à l’été 2020 ? Après de nombreux essais qui se sont étalés sur plusieurs années, la grammaire d’IEML s’est stabilisée ainsi que la base de morphèmes d’environ 5000 unités qui permet de construire à volonté n’importe quel concept. J’ai testé positivement les possibilités expressives du langage sur plusieurs domaines des sciences humaines et des sciences de la terre. Néanmoins, au moment où j’écris ces lignes, le dernier état de la grammaire n’est pas encore implémenté. De plus, pour obtenir une version d’Intlekt qui supporte les fonctions d’édition d’ontologies sémantiques, de curation de données et de fouille décrites plus haut, il faut compter une équipe de plusieurs programmeurs travaillant pendant un an. Dans les mois qui viennent, les amis d’IEML vont s’activer à réunir cette masse critique. 

Rejoignez-nous!

Pour plus d’information, consultez: https://pierrelevyblog.com/my-research-in-a-nutshell/ et https://pierrelevyblog.com/my-research-in-a-nutshell/the-basics-of-ieml/