Colorado_Springs

I’ll be in Colorado College on Thursday September 18.

I will talk about my current research and my view on collective intelligence, 20 years after the original publication (1994) of my book “Collective Intelligence” in french.

What are the current research programs to augment collective intelligence through the use of the algorithmic medium? I will present the main technical and scientific enterprises related to this question, including knowledge management, the digital humanities, the semantic web and the singularity. I will also discuss my own research program, which aims to build a scientific mirror of human collective intelligence from collaborative data curation.

Here are the slides of my communication!

Jung-Mandala

I will speak the 5th of September 2014 in Rio de Janeiro at the event Educaçao 360.

Here is my presentation: Algorithmic communication

The-Way-to-Go

Musée de demain

First, here is my presentation at the Rio Content Market, called “The Algorithmic Medium and its Content”

Then, see the slides of the two conferences that I am giving in SENAC Sao-Paulo:
Cyberdemocracy
- Collective-Intelligence

And finally the slides of my presentation in the Bienal do livro in Brasilia:
Algorithmic Textuality

ALL IN ENGLISH!

CI-EXISTS

SENAC

See the same book…
in french and in english

ESFERA

Lançamento do livro  “A Esfera Semantica” de Pierre Levy
São Paulo | Espaço B_arco | 17 de março | 19h

A Esfera Semantica

Resenha em Português

Espace_Barco

Débat sur le livre avec Massimo di Felice à gauche et moi au centre,,,

F-Torsade-mediumalgo

Pour commencer, le lien vers un podcast (France Culture):

Le jour va bientôt se lever pour une civilisation qui se concevra elle-même comme un sujet cognitif à l’échelle planétaire. L’intelligence vivante (et non pas l’intelligence artificielle!) d’une grande civilisation numérique nous attend dans un avenir qui n’est pas si lointain, avec les communautés qui l’animent et les individus qui la portent.

La société de l’ère numérique est datacentrique : les collectivités humaines se réunissent pour produire, échanger, amasser, transformer et exploiter des données. Son médium est algorithmique : c’est par le moyen de programmes informatiques que nous manipulons les données. Nous entrevoyons déjà une économie de l’information irriguée par l’interconnexion universelle et le traitement ubiquitaire d’énormes flots de données. L’activité humaine tournoie dans une boucle qui va du travail intellectuel à un capital d’algorithmes et de données et de ce capital numérique à l’augmentation du travail intellectuel. En somme, les objets de cette nouvelle civilisation sont les données numérisées, ses outils sont les algorithmes et ses activités créent de la connaissance réflexive.

Mais nous ne savons pas encore où tout cela nous mène, vers quelles formes culturelles nous entraîne le cours accéléré de l’évolution. Le changement n’est pas achevé et il offre encore de nombreuses possibilités d’inflexions et d’initiatives créatives. En inventant (voir une courte vidéo explicative) IEML, j’ai voulu intervenir sur la transformation en cours sans contrarier sa direction mais pour l’orienter plus clairement vers une augmentation de la connaissance réflexive. IEML (le lien est vers la grammaire, free) représente certes un système de codage sémantique efficace, une technologie symbolique, mais c’est avant tout le support d’un projet de civilisation.

Pour saisir la nature de ce projet, il faut l’imaginer déjà réalisé (et il l’est en partie, puisque les principaux problèmes scientifiques sont résolus: voir la Grammaire d’IEML). Représentons-nous les prochaines générations pourvues d’un sens supplémentaire qui élargira leur expérience en leur donnant un accès direct au monde des idées. Dans la culture numérique du futur, tout le monde saura et verra « de ses propres yeux » qu’un groupe humain vit en symbiose avec l’écosystème d’idées qu’il nourrit, qui le représente et qui le nourrit en retour. Certes, certains d’entre nous savent déjà aujourd’hui, de manière intuitive, que les collectivités humaines ont toujours vécu en interaction avec des écosystèmes d’idées (puisque l’existence humaine suppose la culture) mais, dans l’avenir, cette interdépendance sera beaucoup plus tangible qu’aujourd’hui parce que les écosystèmes d’idées seront observables, mesurables et explorables sur un mode sensorimoteur selon des mesures et des normes communes. La vie des idées aura acquis une objectivité scientifique et une évidence sensible qu’elle n’a pas encore aujourd’hui. C’est pourquoi nous devons concevoir une civilisation mondiale dans laquelle chaque communauté humaine (famille, école, réseau, équipe de travail, association, entreprise, ville, parti, nation, etc.) possèdera une représentation interactive de son intelligence collective : l’écosystème d’idées qu’elle génère et dont elle s’alimente. Cet écosystème se présentera comme un hologramme dynamique explorable – en réalité virtuelle ou augmentée – que l’on pourra décomposer, analyser ou fusionner à volonté avec ceux d’autres communautés ou d’autres individus.

Les idées émergent de la communication, c’est pourquoi j’ai commencé par évoquer le rapport symbiotique entre les communautés humaines et les écosystèmes d’idées. Mais dans la civilisation numérique du futur, ce ne sont pas seulement les groupes humains qui se réfléchiront dans des écosystèmes d’idées : chaque personne, chaque oeuvre de l’esprit, chaque concept, chaque objet, chaque lieu, chaque événement sera doublé d’un hologramme dynamique figurant l’écosystème d’idées qui le concerne. Nous pouvons aujourd’hui connaître immédiatement notre propre position géographique et accéder automatiquement à la géolocalisation de n’importe quel objet ainsi qu’à la manière d’y accéder à pied ou par un quelconque moyen de transport. De la même façon, nous pourrons dans le futur nous situer dans le monde des idées, y localiser n’importe quelle personne, objet ou ensemble de données et explorer ses voisinages sémantiques. Bien plus, le monde des idées et le monde matériel nous apparaîtront en rapport d’enveloppement réciproque. Alors que, dans le monde matériel, les choses et les gens seront nimbés d’une aura sémantique (via lunettes ou tablettes), dans le monde des idées, chaque concept sera environné de la constellation de personnes, d’objets et de données qui s’y rapportent.

Les écosystèmes d’idées seront produits et explorés de manière collaborative dans un espace public – un réseau social – ouvert et universel : (lien vers le livre, free) la SPHÈRE SÉMANTIQUE. Les navigateurs de la Sphère sémantique s’associeront en une multitude de jeux sémantiques dont chacun obéira à des règles particulières de catégorisation et d’évaluation des données. Le nouvel espace public abritera notamment des jeux d’apprentissage conçus pour augmenter simultanément la gestion personnelle et la gestion sociale des connaissances. Quant aux idées de la Sphère sémantique, ce seront tout simplement les « status updates » de ses utilisateurs. Mais alors que dans les médias sociaux contemporains on se sert de hashtags en langues naturelles, dans la Sphère sémantique on utilisera IEML pour catégoriser les données. Outre les dates, les identités des joueurs et celles des jeux, les idées se composeront principalement d’un concept (un texte en IEML, lisible dans toutes les langues), d’un crédit (positif, négatif ou neutre) et d’un ensemble de données (c’est-à-dire en fait d’un hyperlien menant aux données). A partir d’un ensemble d’idées, la Sphère sémantique génèrera automatiquement un écosystème dynamique et interactif, avec son univers de discours, ses relations et distances sémantiques internes et externes, ses concentrations et circulations de crédits, sa transformation dans le temps, sa distribution dans l’espace et, bien entendu, ses données multimédia. Vu le caractère océanique des flux de données, il est clair que certains jeux autoriseront des méthodes de catégorisation et d’évaluation automatique. La seule obligation sera de déclarer ces méthodes. Les données publiques seront ainsi intégrées au monde des idées : une bibliothèque mondiale multimédia émergeant de l’intelligence collective, acceptant les choix de catégorisation et d’évaluation de tous les joueurs et de tous leurs jeux, partout présente, surgissant sur demande et mise à jour en temps réel.

Je répète que les utilisateurs pourront sélectionner les ensembles d’idées à volonté, en fonction de leurs dates, de leurs auteurs, de leurs données, de leurs concepts, de leurs jeux et ainsi de suite. Les différents points de vue sur un sujet pourront être séparés ou rassemblés à volonté, sur un mode perspectiviste. C’est ainsi que la Sphère sémantique permettra à ses utilisateurs de multiplier leurs possibilités d’interprétation de la mémoire commune. Mais malgré ces options de sélection et de personalisation, tous les écosystèmes d’idées resteront compatibles et interopérables.

Pour maîtriser le nouvel environnement de communication et de pensée, les enfants apprendront à l’école comment créer, échanger et explorer les idées et leurs écosystèmes. Ils apprendront du même coup à manier IEML, une écriture comprise à la fois par les ordinateurs et les humains, qui programme des circuits sémantiques et qui se traduit automatiquement dans toutes les langues. L’extraction automatique d’informations pertinentes à partir des données ne sera plus réservé à une élite politique, technologique et financière : un nouveau médium social et une nouvelle vague de littératie auront distribué ce pouvoir cognitif entre les mains de tous.

European_honey_bee

La fable des abeilles de l’ère industrielle

En 1714, Bernard de Mandeville donna le coup d’envoi de la réflexion sur l’économie capitaliste industrielle en train de naître en Angleterre par la publication de son ouvrage La fable des abeilles, qui montrait comment la poursuite par les individus de leurs intérêts personnels – les vices privés – aboutissait à la prospérité générale – la vertu publique –. Dans la Fable de Mandeville, parce qu’elles ne comprennent pas les ressorts de leur prospérité, les abeilles obtiennent de Jupiter que leur ruche devienne « honnête »… et voient fondre leur richesse collective.

La fable des abeilles inspira notamment Adam Smith (la « main invisible » du marché), John Maynard Keynes (sur l’importance de la consommation pour soutenir l’emploi), Jean-Jacque Rousseau (sur la prise en compte de l’égoisme humain) et Friedrich von Hayek (qui renchérit sur l’intelligence collective inconsciente des acteurs économiques).

Pour introduire l’économie de l’information telle qu’elle est régulée par IEML, je voudrais proposer une nouvelle version de la fable des abeilles. Le petit récit entomologique qui suit montre comment les individus et les groupes, dès qu’ils entrent dans l’espace public réfléchi par l’intelligence algorithmique, contribuent à l’accumulation du bien commun de la connaissance par leur diversité, leurs essais et leurs erreurs, et cela quels que soient les intérêts propres qu’ils poursuivent: richesse matérielle, pouvoir politique, narcissisme, plaisir ludique, vanité d’accumuler des points dans des jeux, passion de connaître ou que sais-je encore…

La fable des abeilles sémantiques

Sur une planète de science-fiction, des humains vivent en symbiose avec des abeilles sémantiques. Lorsque les gens cherchent, rêvent, lisent, écrivent, apprennent, dialoguent, s’amusent et joutent dans le monde extérieur, la pensée de chacun d’eux, de chacune d’elles, se reflète par le vol d’une abeille dans un monde sémantique. Les voyages des abeilles dans leur monde obéissent instantanément aux pensées humaines et les pensées humaines en retour sont informées par l’expérience des abeilles dans leur monde sémantique.

Et quelle expérience ! L’espèce des abeilles sémantiques et leur monde merveilleux sont parfaitement adaptés l’un à l’autre. Parce qu’elles sont des insectes volants, ces abeilles ne voient pas ce qui se trouve devant elles, mais plutôt ce qui se trouve autour d’elles, comme si leurs regards pouvaient suivre simultanément tous les rayons de la grande sphère au centre de laquelle elles se trouvent. Pour saisir de l’intérieur la perception d’une abeille sémantique, il faut savoir que son ciel n’est pas en haut ni sa terre en bas. De son point de vue, la terre est un grand tapis de fleurs lumineuses qui couvrent la surface interne de la sphère dans laquelle elle zigzague. Quant au ciel abritant la danse de la nuée bourdonnante à laquelle elle se mêle, il étend son immensité au milieu de l’univers sémantique, espace de liberté qui invite l’abeille à sauter d’une fleur à l’autre. Ainsi, parce que les abeilles vivent dans le monde sémantique de la mémoire et de la connaissance, où rien ne ressemble au monde matériel extérieur, leur terre palpitante s’étend autour de leur ciel. La prairie des fleurs lumineuses vit, sent et se souvient de la chorégraphie des ouvrières. Symbiose : la danse des abeilles se repère aux signaux des fleurs tandis que les fleurs poussent et se transforment en écho à la sarabande de l’essaim.

Mais à quoi riment ces danses et sautillements d’une fleur à l’autre ? A chacun de ses voyages, l’abeille transporte une cargaison de données fixée à son ventre par une petite goutte de nectar odorant (attirant, alertant ou paisible). Sur chaque fleur visitée elle laisse un double des données transportées, du nectar qui leur sert de liant et de son plan de vol pour le voyage en cours. Les fleurs accumulent toutes ces informations. Et puisque les données qu’elles contiennent sont disposées sur un mandala de concepts symétriques (la fleur), catégorisées (le plan de vol) et évaluées (le parfum) par une multitude d’insectes volants, voici qu’elles se transforment progressivement en miel de connaissance.

L’abeille, ou la pensée qui la commande, veut-elle percevoir les fleurs par le contenu de leur calice ? La grande prairie sémantique est retissée à volonté dans la vision sémantique, rapprochant les fleurs qui portent des miels de même parfum, ou la même quantité d’or liquide. La pensée veut-elle contempler le tapis lumineux des concepts selon les affinités révélées par les récits dansés des abeilles ? Aussitôt le champ est retissé selon cette perspective. La pensée cherche-t-elle des pensées soeurs ou antagonistes ? L’abeille discerne dans la nuée celles qui lui ressemblent, ou les opposées qui zigzaguent en sens inverse. La pensée veut-elle admirer son propre champ de connaissance ? Elle devient aussitôt la seule abeille au milieu de son pré. Veut-elle s’aménager une prairie autour d’un dépôt de données et convoquer les ruches qui font le meilleur miel avec ces données ? Et voici que surgit la bulle sémantique originale, la terre vivante et le ciel bourdonnant qui répond à ce désir… Et lorsque les abeilles, délaissant pour un moment leur infatigable manège, dégustent le miel dans le calice des fleurs, la pensée humaine accède au plaisir de la connaissance.

Mais un jour les humains sont lassés de ces points de vue divergents et convergents, de cette diversité, de cette liberté de choix, de cette capacité de créer dans tous les sens, de ces danses endiablées, de ces essaims qui s’entrecroisent, de ces tapis qui se tissent et se détissent. « Nous voulons la vérité, disent-ils, la vérité vraie, objective, neutre, unique, infaillible, non pas un reflet de notre propre esprit, ce reflet fut-il celui d’une multitude d’intelligences collectives ». On organise un vote et les anti-miel gagnent d’une courte majorité. Selon le programme du parti vainqueur, les humains fabriquent une grande encyclopédie officielle qui ne contient que la vérité, rien que la vérité, toute la vérité : une encyclopédie enfin « honnête ». Ne se sentant plus aimées, perdant leur intime association avec les pensées, les abeilles commencent à mourir, le miel se dessèche et devient immangeable. Le monde sémantique décline, puis disparaît d’un coup, comme une bulle qui éclate sur une épine de cactus. Les humains, diminués, perdent leur sens du monde intérieur. Alors commence l’âge sombre de la planète : on se dispute sur le contenu de l’encyclopédie, on en fabrique des versions antagonistes, on se déclare la guerre, les gens n’en finissent plus de s’entretuer… Et les vieillards nostalgiques se souviennent d’un temps où la connaissance commune fleurissait dans la diversité, la liberté et la transparence d’un monde intérieur auquel ils ont perdu l’accès.

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