datacentrique.jpgAutour de la Terre, les satellites artificiels transmettent nos communications et transportent une foule d’instruments d’observation et de capteurs : renseignement militaire, documentation du climat, monitoring des écosystèmes, surveillance des récoltes… Plus proche de la surface voici la zone des satellites de basse altitude qui connectent nos téléphones intelligents. Un peu plus bas, les avions sur pilote automatique communiquent avec les stations radar, les bases au sol, tandis que leurs événements internes s’enregistrent dans des boîtes noires. Passée la barrière des nuages se découvrent les réseaux lumineux des métropoles intelligentes. Les cargos, les navettes, les métros, les trains rapides, les flottes de véhicules autonomes se transmettent des signaux, restent en contact avec les satellites et les balises routières, s’échangent leurs passagers et leurs marchandises dûment identifiés. Surveillant le moindre coin de rue, truffant le sous-sol, flottant au milieu des océans, guettant sur les côtes et les sommets, embarqués sur les drones aériens ou sous-marins, les antennes, les capteurs, les caméras inondent de données les centres de calcul. Écouteurs, gants et chaussures sont connectés. Nous voici pourvus de bracelets qui enregistrent notre pouls, la composition chimique de notre sang et de notre peau, envoient les données pour analyse dans les nuages, reçoivent les notifications et conseils de santé en temps réel… Grâce aux identités infalsifiables de l’informatique portable nous passons partout sans fouille ni mot de passe. Les lunettes branchées prennent photos et vidéos, surimposent des couches virtuelles à la vision optique ordinaire et projettent sur demande des cartographies de données. Nos jeux de domination s’alignent sur les capacité d’exploitation de la mémoire et les vitesses d’analyse. Les nouveaux partis politiques rassemblent leurs membres autour de thèses épistémologiques. Entremêlés dans l’économie mondiale et le nouvel espace public transnational, nos essaims d’intelligence collective collaborent et se combattent sur les territoires hyper-connectés des grandes métropoles. Réfléchissant la pensée humaine sur le miroir sémantique du cloud, l’évolution des écosystèmes d’idées déploie son inépuisable spectacle immersif et multi-joueur. La prospérité, la sécurité, l’influence, tout se ramène à une forme ou une autre d’optimisation cognitive… sauf peut-être dans les zones analogiques reculées, presque désertes, qui s’étendent loin des grands centres.

Communication does not entail the use of words as reflected by a majority of the people, but a method employed by the sender to convey a particular message to the audience. Irrespective of the meth…

Source : What I have learnt from the course ” Advanced Theories of Communication”

Dans les cours que je donne à l’Université d’Ottawa, je demande à mes étudiants de participer à un groupe Facebook fermé, de s’enregistrer sur Twitter, d’ouvrir un blog s’il n’en n’ont pas déjà un et d’utiliser une plateforme de curation collaborative de données comme Scoop.itDiigo ou Pocket.

L’usage de plateformes de curation de contenu me sert à enseigner aux étudiants comment choisir des catégories ou « tags » pour classer les informations utiles dans une mémoire à long terme, afin de les retrouver facilement par la suite. Cette compétence leur sera fort utile dans le reste de leur carrière.

Les blogs sont utilisés comme supports de « devoir final » pour les cours gradués (c’est-à-dire avant le master), et comme carnets de recherche pour les étudiants en maîtrise ou en doctorat : notes sur les lectures, formulation d’hypothèses, accumulation de données, première version d’articles scientifiques ou de chapitres des mémoires ou thèses, etc. Le carnet de recherche public facilite la relation avec le superviseur et permet de réorienter à temps les directions de recherche hasardeuses, d’entrer en contact avec les équipes travaillant sur les mêmes sujets, etc.

Le groupe Facebook est utilisé pour partager le Syllabus ou « plan de cours », l’agenda de la classe, les lectures obligatoires, les discussions internes au groupe – par exemple celles qui concernent l’évaluation – ainsi que les adresses électroniques des étudiants (Twitter, blog, plateforme de curation sociale, etc.). Toutes ces informations sont en ligne et accessibles d’un seul clic, y compris les lectures obligatoires. Les étudiants peuvent participer à l’écriture de mini-wikis à l’intérieur du groupe Facebook sur des sujets de leur choix, ils sont invités à suggérer des lectures intéressantes reliées au sujet du cours en ajoutant des liens commentés. J’utilise Facebook parce que la quasi totalité des étudiants y sont déjà abonnés et que la fonctionnalité de groupe de cette plateforme est bien rodée. Mais j’aurais pu utiliser n’importe quel autre support de gestion de groupe collaboratif, comme Slack ou les groupes de Linkedin.

Sur Twitter, la conversation propre à chaque chaque classe est identifiée par un hashtag. Au début, j’utilisais le médium à l’oiseau bleu de manière ponctuelle. Par exemple, à la fin de chaque classe je demandais aux étudiants de noter l’idée la plus intéressante qu’ils avaient retenu du cours et je faisais défiler leurs tweets en temps réel sur l’écran de la classe. Puis, au bout de quelques semaines, je les invitais à relire leurs traces collectives sur Twitter pour rassembler et résumer ce qu’ils avaient appris et poser des questions – toujours sur Twitter – si quelque chose n’était pas clair, questions auxquelles je répondais par le même canal.

Au bout de quelques années d’utilisation de Twitter en classe, je me suis enhardi et je demande maintenant aux étudiants de prendre directement leurs notes sur ce medium social pendant le cours de manière à obtenir un cahier de notes collectif. Pouvoir regarder comment les autres prennent des notes (que ce soit sur le cours ou sur des textes à lire) permet aux étudiants de comparer leurs compréhensions et de préciser ainsi certaines notions. Ils découvrent ce que les autres ont relevé et qui qui n’est pas forcément ce qui les a stimulé eux-mêmes… Quand je sens que l’attention se relâche un peu, je leur demande de s’arrêter, de réfléchir à ce qu’ils viennent d’entendre et de noter leurs idées ou leurs questions, même si leurs remarques ne sont pas directement reliées au sujet du cours. Twitter leur permet de dialoguer librement entre eux sur les sujets étudiés sans déranger le fonctionnement de la classe. Je consacre toujours la fin du cours à une période de questions et de réponses qui s’appuie sur un visionnement collectif du fil Twitter. Cette méthode est particulièrement pertinente dans les groupes trop grands (parfois plus de deux cents personnes) pour permettre à tous les étudiants de s’exprimer oralement. Je peux répondre tranquillement aux questions après la classe en sachant que mes explications restent inscrites dans le fil du groupe. La conversation pédagogique se poursuit entre les cours.

En utilisant Facebook et Twitter en classe, les étudiants n’apprennent pas seulement la matière du cours mais aussi une façon « cultivée » de se servir des médias sociaux. Documenter ses petits-déjeuners ou la dernière fête bien arrosée, disséminer des vidéos de chats et des memes comiques, échanger des insultes entre ennemis politiques, s’extasier sur des vedettes du show-business ou faire de la publicité pour telle ou telle entreprise sont certainement des usages légitimes des médias sociaux. Mais on peut également entretenir des dialogues constructifs dans l’étude d’un sujet commun. On peut du même coup tisser des réseaux personnels d’apprentissage, c’est-à-dire collectionner des sources (individus, organisations) pertinentes pour se maintenir au courant dans les domaines d’expertise que l’on veut approfondir. (Dans le cas de Twitter, les réseaux personnels d’apprentissage prennent la forme de « listes » de personnes que l’on suit sur un sujet donné. Une liste bien construite permet de filtrer les tweets par sujets…) L’usage des médias sociaux en classe me permet de faire prendre conscience à mes étudiants qu’ils s’expriment dans une mémoire publique et qu’ils sont responsables des traces qu’ils y laissent, des idées qu’ils y diffusent, des émotions qu’ils y propagent. En somme, si petit soit-il, un Tweet ou un post sur Facebook sont déjà des « publications » : le télégramme social exprime publiquement un point de vue, cite d’autres usagers et renvoie à des données au moyen d’hyperliens. La responsabilité de son auteur s’étend évidemment aux gens qui le suivent et le lisent directement ; mais elle comprend aussi les employeurs ou partenaires potentiels qui font des recherches sur sa personne ; elle se prolonge enfin à toutes les recommendations et décisions – politiques, économiques ou autres – qui suivent des traitements automatiques effectuées sur les messages en ligne ! L’usage pédagogique de Facebook et Twitter semble paradoxal à de nombreux étudiants qui conçoivent les médias sociaux comme un espace « réservé aux adolescents », libre des contraintes imposées par les parents et l’école. Mais si cette conception des médias sociaux était encore valable au début des années 2000 elle ne l’est plus aujourd’hui puisque les médias sociaux sont devenus le moyen de communication dominant.

Quelles que soient les institutions dans lesquelles ils travaillent, j’estime que les enseignants devraient construire avec leurs étudiants des communautés ouvertes de pratique, de dialogue et de réflexion utilisant les plateformes gratuites qui sont déjà utilisées par les élèves et le grand public. Les plateformes fermées élèvent des murs virtuels qui bloquent les contacts transversaux pertinents avec des experts et d’autres communautés d’apprentissage. En revanche, l’usage de plateformes ouvertes inscrit résolument l’Université – et plus généralement l’école – dans le nouvel espace public. J’avoue ne pas croire aux « technologies éducatives » et donner ma préférence aux usages pédagogiques des techniques de communication grand public qui sont déjà utilisées par les étudiants. L’important n’est ni la plateforme, ni le logiciel ni la collection de ressources, mais les compétences cognitives trans-plateformes et trans-contenus dont les pratiques éducatives doivent stimuler l’acquisition. Ce n’est pas Twitter qui doit polariser l’attention des étudiants, mais l’apprentissage de la clarté, de la brièveté et de la synthèse dans un dialogue où se construit la connaissance réflexive. De même, telle ou telle plateforme de curation de contenu n’est qu’un outil grâce auquel l’étudiant va s’initier à la catégorisation intelligente des données pour leur mutualisation dans une mémoire commune.

L’usage éducatif des média sociaux publics peut aller jusqu’à inclure les examens et les devoirs. J’ai expérimenté un « examen Twitter » où les étudiants devaient évaluer vingt de mes tweets en temps réel. Le code de communication était le suivant : pas de réaction s’ils pensaient que mon Tweet était faux, un coeur s’il contenait une part de vérité, un retweet s’ils étaient en gros d’accord et un retweet plus un coeur s’ils étaient complètement d’accord. Cela revenait à leur demander d’évaluer mes tweets sur une échelle de pertinence de 1 à 4. Après avoir relu avec eux mes tweets et les réponses qu’ils leur avaient donné, je leur demandais quel était, selon eux, la plus catastrophique des erreurs d’appréciation. Evidemment, les étudiants différaient dans leur estimation de la pire réponse. Je retenais toutes celles qu’ils avaient mentionnées et je retirais un point à tous ceux qui avaient donné l’une des mauvaises réponses identifiées par le groupe. Ainsi mon évaluation appliquait aux étudiants les règles qu’ils avaient eux-mêmes déterminées.

J’utilise maintenant une autre méthode d’évaluation, qui suppose la prise de note et le dialogue continu sur Twitter. Deux fois par semestre, les étudiants doivent relire la mémoire collaborative de la classe et sélectionner les éléments (notes de cours, questions, réponses, diagrammes, photos…) qui leur paraissent les plus intéressants ou les plus pertinents afin de construire un récit commenté de leur propre apprentissage. Il peuvent pour ce faire utiliser les Moments de Twitter ou encore Storify. Au moyen de citations plus ou moins commentées, chaque étudiant produit alors son histoire d’apprentissage – son interprétation originale du cours – selon ses intérêts et sa subjectivité propre. Toutes les histoires d’apprentissage sont publiées sur Twitter avec le hashtag du cours, ce qui permet d’observer non seulement l’accumulation de la mémoire collective mais également la multitude des réflexions personnelles sur cette mémoire, avec leurs complémentarités et leurs divergences.

Dans les deux cas – qu’il s’agisse de l’estimation de la pertinence de mes tweets ou du résumé personnel du cours que je demande aux élèves – l’exercice évalué demande aux participants de faire un retour réflexif sur leur apprentissage collectif. A la fin du semestre, les étudiants ont non seulement acquis une connaissance du sujet enseigné mais ils ont aussi amélioré leurs compétences en apprentissage collaboratif dans un environnement trans-plateforme et ils ont peu ou prou expérimenté un processus d’intelligence collective réflexive dans la nouvelle sphère publique. Dans leur immense majorité, les étudiants apprécient un dispositif d’apprentissage dans lequel ils sont plus actifs, s’ennuient moins et apprennent mieux. Ce type d’expérimentation et de perfectionnement pédagogique est aujourd’hui exploré un peu partout dans le monde.

En réfléchissant sur ma pratique d’enseignant depuis une dizaine d’années, je réalise qu’elle repose sur un modèle de l’apprentissage collaboratif à trois phases : 1) une pratique commune, 2) un dialogue sur cette pratique, 3) une réflexion collective émergeant du dialogue et qui vient enrichir la pratique en retour. Dans mon cas, la pratique commune est fort simple puisqu’il s’agit de la prise de notes. Comme cette pratique est enregistrée et partagée en temps réel, elle implique immédiatement une activité collaborative et pose les bases du dialogue et de la réflexion ultérieure. Le dialogue, ou plutôt le multilogue, a lieu sur un mode transversal entre tous les membres de la communauté d’apprentissage et non seulement entre le professeur et les étudiants. Aussi bien les élèves que l’enseignant peuvent poser des questions et y répondre. Qui a besoin de conseils ou d’encouragements ? Comment reformuler telle telle ou telle notion ? Tel exemple est-il pertinent ? De nouvelles ressources ou références peuvent-elles faciliter la compréhension des élèves ? Une simple image trouvée sur Internet par un étudiant fait parfois la différence. Enfin, la réflexion s’appuie sur une relecture de la mémoire enregistrée de la classe. A la fin du semestre, les étudiants sont suffisamment familiers avec le sujet du cours pour créer un ou plusieurs documents multimédia où sont mis en oeuvre les compétences, connaissances et réflexions personnelles qui ont émergé du dialogue et de l’expérience gagnées par la fréquentation de la classe. Dès aujourd’hui, les étudiants en informatique publient leurs travaux et leurs discussions sur Github. afin d’obtenir la reconnaissance de leurs pairs et d’afficher leurs compétences auprès des employeurs potentiels. Pourquoi les étudiants en sciences humaines ne suivraient-ils pas leurs traces ?

Supposons maintenant qu’au lieu de représenter les connaissances acquises au moyen d’un diplôme ou d’un crédit (la cote d’un cours et la note obtenue), on les représente par un enregistrement de l’ensemble des transactions pédagogiques publiques auxquelles a participé un étudiant : pratiques, dialogues, oeuvres témoignant des compétences et de la réflexion développées… Ce qui serait enregistré et authentifié ne serait plus un bref document statique et relativement opaque – comme aujourd’hui – mais une fenêtre sur l’apprentissage collaboratif vivant où le professeur et les étudiants se rendent mutuellement témoignage. La garantie des apprentissages individuels ne serait plus séparée du processus d’intelligence collective d’où les savoirs ont émergé et où ils ont pris sens. Indépendamment des mutations institutionnelles et culturelles qu’elle implique, une telle évolution de la reconnaissance des savoirs serait aujourd’hui techniquement possible. Les blockchains sont des registres informatisés qui contiennent l’historique de tous les échanges et transactions effectués entre ses utilisateurs depuis leur création. Ces bases de données sont sécurisées par un procédé cryptographique et partagées par leurs différents utilisateurs sans intermédiaire. D’abord utilisée en finance et en comptabilité, la technologie de la blockchain se répand aujourd’hui dans d’autres secteurs d’application. L’éducation et – plus généralement – l’authentification des expériences professionnelles et des compétences pourrait être une de ses futures applications vedette. Ainsi, à la fin d’un semestre, la mémoire de l’apprentissage collaboratif d’une classe, avec la participation de chaque étudiant, serait enregistrée et authentifiée par une blockchain. Cette nouvelle reconnaissance des savoirs amènerait un gain de transparence pour les contribuables qui financent l’éducation et pour les employeurs ou les collaborateurs potentiels des étudiants. Elle fournirait en outre aux institutions d’enseignement des flots de données fort précieuses pour étudier les évolutions cognitives et la qualité des apprentissages de leurs publics. De telles données seraient beaucoup plus précises et complètes que celles qui sont recueillies aujourd’hui au moyen d’évaluations après-coup et de sondages forcément partiels. Contrairement aux données récoltées au moyen des grilles fermées que l’on emploie souvent dans les enquêtes, elles ne préjugeraient pas des questions qui pourraient leur être posées. Les chercheurs pourraient interroger ces données au moyen d’algorithmes aussi variés que leurs hypothèses.

DONNÉES

Je me tiens à la disposition de toute équipe de recherche en sciences de l’éducation ou pédagogie pour aider à analyser les données produites par mes deux cours #UOAC (en anglais) et #UOIM (en français). Ces données consistent en Tweets, Moments et Blogposts. Tous les moments et Blogposts ont été publiés sur Twitter avec les hashtags correspondants.

Un article dans Quartier Libre (Journal des étudiants de l’Université de Montréal):

Moments (choix personnel de tweets) issus de mes cours de l’automne 2016

Mon cours de cent étudiants de deuxième année à l’hiver 2017: #uotm17

Choix de Storifys ou Moments de mes étudiants de 2016 (travail en cours, plus à venir):

A unique experience

How free are we?” C’est beau comme un poème soufi !

Choix de blogposts de mes étudiants témoignant de l’efficacité de la méthode “Twitter en Classe” (travail en cours, plus à venir)

Le meilleur cours de toute ma vie

prendre des notes en Tweetant“!

Voyage au monde des médias

Le système est simple, mais efficace.

Twitter et la mémoire collective

Les tweets nous permettaient de nous remémorer les sujets discutés en classe presque dans leur intégralité.

Un cours qui a changé ma perception de l’apprentissage

Innover pour enseigner

“Le cours de CMN 1560 a été un de mes cours préférés lors du trimestre d’automne 2016. Mon professeur M. Pierre Lévy a véritablement changé la façon d’apprendre la matière du cours. La grande majorité des étudiants ont bien apprécié le cours. Vers la fin du trimestre, j’ai vu beaucoup de tweets exprimant comment agréables que les étudiants ont trouvés le cours. Nous utilisons les médias sociaux, spécifiquement Twitter pour faire une prise de notes collectives. Effectivement, je pourrais toujours, comme n’importe qui, accéder à la matière qui m’a été enseignée durant mon cours grâce au #uoim sur Twitter. Ici je peux retrouver tout les notes, les questions, et les remarques ou commentaires que les étudiants ont tweetés en relation avec le contenu du cours. Cet élément interactif du cours a intéressé plusieurs étudiants et rendait la matière plus fascinante. Personnellement, j’ai bien aimé assister aux séances en classe, je ne les trouvais pas du tout ennuyantes 

This course, Advanced theories of communication, was like none other that I had ever taken.

The potential of Twitter for education

Collective intelligence in the classroom

I have learned to use the media that are at my fingertips

Communication happened

Becoming an autonomous thinker

what more professors should do nowadays to make their courses more interactive and stimulating

6 Things I Learned From Pierre Levy

“When we started the class and the professor told us to only take notes via twitter, I was very skeptical. I did not want to have an open mind towards his new method of teaching despite the fact that I am considered to be part of the millennials generation and you know we are known for our excessive use of technology”

From the blogpost of Cindi Cai ” Moreover, this advanced theory of communication not only taught me how to be a good speaker, but also in the class, I learnt how to be a good listener. For example, in the class, the professor encouraged students to participate in the class Q&A section by twittering through the internet, which allows every single student to have a chance to ask questions, and at the same time also encourage students to listen to other students’ ideas toward the subject. We, as students in the class just need to focus on the speech that the professor have given to the students, and catch the content in which we have questions, doubts, and raise our questions by twittering in order to get answers from the professor, while the professor also need to listen to students opinion by checking out the course tag.  For doing so, students have equal chances to listen and get their answers from the professor, and also students get an opportunity to listen to or inspired from other students’ learning stories( storify, blog post ).This teaching method is very interesting to me, because as a university student, what I want from the university is not just a piece of degree certificate, but also an opportunity to develop the ability to think extensively, solve problems, and challenge myself. To be honest, before I took this class, I was so tired of university, because I found that every single class I took at the University of Ottawa was really boring, and most students included me was more like machine, though we kept going to every class, and studied hard, we just wanted a better grade, and after exams or assignments, we just simply forgot what we have learnt in the class. This situation made me feel nervous and I started to doubt my university life and wonder if university could really help me in my future development?

Luckily, the CMN 3109 class strongly changed my mind toward university, because in the class, under the unique teaching method of the professor, I realized that if I just focus on grades, there’s a strong possibility that I won’t be as prepared for the world outside of university. But if I focus on learning as much as I can, and engage with all the opportunities presented by the class, I will be in a much better position to thrive after I graduate. It is just like how those communication techniques inspired me to how to be a better yoga instructor, this course has truly encouraged me to build my knowledge of the whole communication process, and rebuild my confidence to prepare for my future yoga teacher career positively….”

Pierre Lévy est l’inventeur, il y a 20 ans, du concept “d’intelligence collective”. Concept qui a aujourd’hui beaucoup de succès dans la Silicon Valley. Actuellement, il est Professeur à l’Université d’Ottawa. Blockchain est le sujet de notre entretien. Sa vision reste très avancée sur son temps. Pour lui: tous les intermédiaires ont du souci à se faire: Notaires, Avocats, Banquiers, Commerçants, etc. vont à l’avenir plus ou moins disparaître car la question de leur contribution dans la chaîne de la valeur va être remise en question par les blockchains.

Voici en résumé le développement de son point de vue.

Comme tout le monde le sait maintenant, les blockchains sont des technologies informatiques destinées à suivre des contrats sécurisés, transparents et décentralisés et pas seulement ceux liés aux bitcoins.

Par extension, les blockchains constituent des bases de données qui contiennent l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis leur création. Ces bases de données sont sécurisées et distribuées : elles sont partagées par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité des données.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’absence d’intermédiaire. Imaginez-vous une société sans intermédiaire … purement directe à l’instar de Luther et Calvin qui ont appelé les fidèles à s’adresser directement à Dieu en se passant des curés et du latin, ce qui a abouti à la création de la Réforme. Eh bien, c’est exactement ce qui se passe, affirme Pierre Lévy. On peut l’appeler de diverses façons: révolution numérique, révolution 4.0, etc. mais cela va bien au-delà, c’est la fin programmée ou codifiée des intermédiaires.

Personne ne semble prendre la mesure d’une telle Réforme. Et pourtant dans cette conception économique, le client parlera directement avec l’usine, il traitera immédiatement avec les fabricants et de même l’usine via l’Internet des Objets et les contrats de type blockchain n’auront plus besoin d’ “inter-médiation”.

Cela est vrai pour la finance, le commerce, l’industrie… mais aussi pour les médias, l’enseignement ou encore et surtout les États. En comprenant bien que l’une des fonctions importantes des États, ce sont les enregistrements de toute sorte notamment des contrats comme les mariages, les naissances, les propriétés privées, etc. vous vous imaginez bien à quel point les blockchains vont révolutionner les Etats et sa bureaucratie en général. Plus besoin de notaires, ni de registres foncier avec les blockchains. Cela devient tout simplement très concret et va entraîner une réduction massive des fonctionnaires.

Pierre Lévy pense aussi que le domaine de la Santé va évoluer vers des pratiques digitales nouvelles et moins coûteuses. Ici il s’appuie sur l’idée que des actes médicaux de toute sorte vont être chaînés dans les blockchains. D’une part, cela permettra une meilleure prise en compte des actes médicaux par l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de la santé afin d’en diminuer les erreurs, les doublons, etc. tout en améliorant la qualité des soins pour un moindre coût et d’autre part, permettrait une plus grande transparence des interventions. Le dossier médical serait alors une collection de plusieurs blockchains toutes liées à des maladies ou des interventions chirurgicales précises. Les “blockchains-santés” seraient notre historique médical sécurisé et accessible à tous les parties prenantes en temps réel et aussi connectées avec des capteurs incorporés (pacemakers) ou non (montre connectées).

Les “blockchains-santés” du futur, ce sont donc à la fois des actes médicaux, des données actives provenant des capteurs, et des appréciations patients (self quantified) le tout dans un grand registre historique entièrement informatisé, transparent, sécurisé et distribué.

En tous les cas, demain, la donnée-patient sera au cœur du processus santé.

(Article rédigé par Xavier Comtesse et paru le Mercredi 19 octobre dans le Journal économique AGEFI en Suisse)

What is IEML?

  • IEML (Information Economy MetaLanguage) is an open (GPL3) and free artificial metalanguage that is simultaneously a programming language, a pivot between natural languages and a semantic coordinate system. When data are categorized in IEML, the metalanguage compute their semantic relationships and distances.
  • From a “social” point of view, on line communities categorizing data in IEML generate explorable ecosystems of ideas that represent their collective intelligence.
  • Github.

What problems does IEML solve?

  • Decompartmentalization of tags, folksonomies, taxonomies, ontologies and languages (french and english for now).
  • Semantic search, automatic computing and visualization of semantic relations and distances between data.
  • Giving back to the users the information that they produce, enabling reflexive collective intelligence.

Who is IEML for?

Content curators

  • knowledge management
  • marketing
  • curation of open data from museums and libraries, crowdsourced curation
  • education, collaborative learning, connectionists MOOCs
  • watch, intelligence

Self-organizing on line communities

  • smart cities
  • collaborative teams
  • communities of practice…

Researchers

  • artificial intelligence
  • data analytics
  • humanities and social sciences, digital humanities

What motivates people to adopt IEML?

  • IEML users participate in the leading edge of digital innovation, big data analytics and collective intelligence.
  • IEML can enhance other AI techniques like machine learning, deep learning, natural language processing and rule-based inference.

IEML tools

IEML v.0

IEML v.0 includes…

  • A dictionary of  concepts whose edition is restricted to specialists but navigation and use is open to all.
  • A library of tags – called USLs (Uniform Semantic Locators) – whose edition, navigation and use is open to all.
  • An API allowing access to the dictionary, the library and their functionalities (semantic computing).

Intlekt v.0

Intlekt v.0 is a collaborative data curation tool that allows
– the categorization of data in IEML,
– the semantic visualization of collections of data categorized in IEML
– the publication of these collections

The prototype (to be issued in May 2018) will be mono-user but the full blown app will be social.

Who made it?

The IEML project is designed and led by Pierre Lévy.

It has been financed by the Canada Research Chair in Collective Intelligence at the University of Ottawa (2002-2016).

At an early stage (2004-2011) Steve Newcomb and Michel Biezunski have contributed to the design and implementation (parser, dictionary). Christian Desjardins implemented a second version of the dictionary. Andrew Roczniak helped for the first mathematical formalization, implemented a second version of the parser and a third version of the dictionary (2004-2016).

The 2016 version has been implemented by Louis van Beurden, Hadrien Titeux (chief engineers), Candide Kemmler (project management, interface), Zakaria Soliman and Alice Ribaucourt.

The 2017 version (1.0) has been implemented by Louis van Beurden (chief engineer), Eric Waldman (IEML edition interface, visualization), Sylvain Aube (Drupal), Ludovic Carré and Vincent Lefoulon (collections and tags management).

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Dice sculpture by Tony Cragg

ON A TROUVÉ des programmeurs pour produire une démo de la sphère sémantique IEML durant l’été-automne 2016! Ce n’est plus la peine de contacter Pierre Lévy (en tous cas, plus pour ça).

IEML

IEML est une langue artificielle dont les expressions calculent automatiquement leurs relations sémantiques. C’est à la fois une langue et un langage de programmation. Si l’on se sert d’IEML pour catégoriser des données, on obtient une mémoire “auto-analytique” où les données calculent et visualisent leurs relations et distances sémantiques. Le but à long terme est d’offrir des outils de connaissance de soi à une intelligence collective réflexive. IEML se traduit évidemment en langues naturelles (pour le moment: français et anglais) et peut servir de langage pivot entre les langues.

L’application web à programmer – un outil de curation de données – vise à offrir une démonstration logicielle de la recherche sur IEML menée par le prof. Pierre Lévy à la CRC en intelligence collective de l’Université d’Ottawa de 2002 à 2016.

Une application ouverte, gratuite, au bénéfice du bien commun

– Les modules logiciels seront publiés sur Github sous la license GPL version 3 (et suivantes)
– Une API donnera accès au noyau de la sphère sémantique: dictionnaire, bibliothèque d’expressions et moteur de calcul sémantique
– L’application sera disponible à l’adresse ieml.org

Détail de l’application en quatre couches

1) L’éditeur de dictionnaire  – parseur, calcul des tables paradigmatiques, calcul des relations entre termes – a été programmé par Andrew Roczniak.
2) L’éditeur de la bibliothèque d’expressions IEML – parseur, visualisation et édition du contenu de la bibliothèque – a été programmée par Louis van Beurden et Hadrien Titeux, avec l’aide de Florent Thomas-Morel.
3) Le moteur sémantique – calcul des relations entre expressions, des distances, search, ranking sémantique, visualisation d’une expression dans un ensemble, visualisation d’un ensemble d’expressions – sera programmé par Louis van Beurden, Hadrien Titeux et Alice Ribaucourt.
4) L’application démo mono-utilisateur pour la curation de données : fonctions de catégorisation de données et de navigation dans la mémoire, y compris la bibliothèque et le dictionnaire, moyennant les outils du moteur sémantique. On a trouvé des programmeurs pour cette quatrième couche: Candide Kemmler et Zack Soliman

Travail attendu du(de la) programmeur(programmeuse) web recherché(e)

1- Collaboration étroite avec l’équipe : Louis van Beurden, Hadrien Titeux, Alice Ribeaucourt
2- Conception, en collaboration avec Pierre Lévy, de l’application-démo “curation de données”, intégration du dictionnaire, bibliothèque et moteur sémantique dans la couche application-démo sous une interface et une expérience utilisateur uniforme.
3- Programmation (Javascript, Angular 2, HTML) de la couche “démo-curation de données”

Types de personnes visés par la démo

– chercheurs en intelligence artificielle / traitement automatique des langues naturelles
– chercheurs en sciences humaines et sociales (digital humanities)
– curateurs des données publiques des musées et bibliothèques (curation crowdsourcée)
– éducateurs, environnements d’apprentissage collaboratifs / connexionnistes (MOOCs, etc.)

Quand et où

Quatre mois à temps plein du 1er juin au 30 septembre. Possibilités d’extension.

Université d’Ottawa, région Montréal et/ou Ottawa

Contact
@plevy

Quelques documents pertinents

Les fondements philosophiques et scientifiques ont été présentés dans
La Sphère sémantique, 1

Le “devis technique” fondamental est contenu dans
La Sphère sémantique, 2

Les implications culturelles et sociales sont décrits dans
L’intelligence algorithmique (à paraître)

Voir aussi: The Basics of IEML

 

Après avoir posé dans un post précédent les principes d’une cartographie de l’intelligence collective, je m’intéresse maintenant au développement humain qui en est le corrélat, la condition et l’effet de l’intelligence collective. Dans un premier temps, je vais élever au carré la triade sémiotique signe/être/chose (étoile/visage/cube) pour obtenir les neuf «devenirs», qui pointent vers les principales directions du développement humain.

F-PARA-devenirs-1.jpgCarte des devenirs

Les neuf chemins qui mènent de l’un des trois pôles sémiotiques vers lui-même ou vers les deux autres sont appelés en IEML des devenirs (voir dans le dictionnaire IEML la carte sémantique M:M:.) Un devenir ne peut être réduit ni à son point de départ ni à son point d’arrivée, ni à la somme des deux mais bel et bien à l’entre-deux ou à la métamorphose de l’un dans l’autre. Ainsi la mémoire signifie ultimement «devenir chose du signe». On remarquera également que chacun des neufs devenirs peut se tourner aussi bien vers l’actuel que vers le virtuel. Par exemple, la pensée peut prendre comme objet aussi bien le réel sensible que ses propres spéculations. A l’autre bout du spectre, l’espace peut référer aussi bien au contenant de la matérialité physique qu’aux idéalités de la géométrie. Au cours de notre exploration, nous allons découvrir que chacun des neufs devenirs indique une direction d’exploration possible de la philosophie. Les neuf devenirs sont à la fois conceptuellement distincts et réellement interdépendants puisque chacun d’eux a besoin du soutien des autres pour se déployer.

Pensée

Dans la pensée – s. en IEML – aussi bien la substance (point de départ) que l’attribut (point d’arrivée) sont des signes. La pensée relève en quelque sorte du signe au carré. Elle marque la transformation d’un signe en un autre signe, comme dans la déduction, l’induction, l’interprétation, l’imagination et ainsi de suite.

Le concept de pensée ou d’intellection est central pour la tradition idéaliste occidentale qui part de Platon et passe notamment par Aristote, les néo-plationciens, les théologiens du moyen-Age, Kant, Hegel et jusqu’à Husserl. L’intellection se trouve également au coeur de la philosophie islamique, aussi bien chez Avicenne (Ibn Sina) et ses contituateurs dans la philosophie iranienne jusqu’au XVIIe siècle que chez l’andalou Averroes (Ibn Roshd). Elle l’est encore pour la plupart des grandes philosophies de l’Inde méditante. L’existence humaine, et plus encore l’existence philosophique, est nécessairement plongée dans la pensée discursive réfléchissante. Où cette pensée prend-elle son origine ? Quelles sont ses structures ? Comment mener la pensée humaine à sa perfection ? Autant de questions que l’interrogation philosophique ne peut éluder.

Langage

Le langage – b. en IEML – s’entend ici comme un code (au sens le plus large du terme) de communication qui fonctionne effectivement dans l’univers humain. Le langage est un «devenir-être du signe», une transformation du signe en intelligence, une illumination du sujet par le signe.

Certaines philosophies adoptent comme point de départ les problèmes du langage et de la communication. Wittgenstein, par exemple, a fait largement tourner sa philosophie autour du problème des limites du langage. Mais il faut noter qu’il s’intéresse également à des questions de logique et au problème de la vérité. Dans un style différent, un philosophe comme Peirce n’a cessé d’approfondir la question de la signification et du fonctionnement des signes. Austin a creusé le thème des actes de langage, etc. On comprend que ce devenir désigne le moment sémiotique (ou linguistique) de la philosophie. L’Homme est un être parlant dont l’existence ne peut se réaliser que par et dans le langage.

Mémoire

Dans la mémoire – t. en IEML – le signe en substance se réifie dans son attribut chose. Ce devenir évoque le geste élémentaire de l’inscription ou de l’enregistrement. Le devenir chose du signe est ici considéré comme la condition de possibilité de la mémoire. Il commande la notion même de temps.

Le passage du temps et son inscription – la mémoire – fut un des thèmes de prédilection de Bergson (auteur notamment de Matière et Mémoire). Bergson mettait l’épaisseur de la vie et le jaillissement évolutif de la création du côté de la mémoire par opposition avec le déterminisme physicien du XIXe siècle (la « matière ») et le mécanisme logico-mathématique, assignés à l’espace. On trouve également une analyse fine du passage du temps et de son inscription dans les philosophies de l’impermanence et du karma, comme le bouddhisme. L’évolutionnisme, de manière générale, qu’il soit cosmique, biologique ou culturel, se fonde sur une dialectique du passage du temps et de la rétention d’une mémoire codée. Notons enfin que nombre de grandes traditions religieuses se fondent sur des écritures sacrées relevant du même archétype de l’inscription. En un sens, parce que nous sommes inévitablement soumis à la séquentialité temporelle, notre existence est mémoire : mémoire à court terme de la perception, mémoire à long terme du souvenir et de l’apprentissage, mémoire individuelle où revivent et confluent les mémoires collectives.

Société

Dans la société – k. en IEML –, une communauté d’êtres s’organise au moyen de signes. Nous nous engageons dans des promesses et des contrats. Nous obéïssons à la loi. Les membres d’un clan ont le même animal totémique. Nous nous battons sous le même drapeau. Nous échangeons des biens économiques en nous mettant d’accord sur leur valeur. Nous écoutons ensemble de la musique et nous partageons la même langue. Dans tous ces cas, comme dans bien d’autres, une communauté d’humains converge et crée une unité sociale en s’attachant à une même réalité signifiante conventionnelle : autant de manières de « faire société ».

On sait que la sociologie est un rejeton de la philosophie. Avant même que la discipline sociologique ne se sépare du tronc commun, le moment social de la philosophie a été illustré par de grands noms : Jean-Jacques Rousseau et sa théorie du contrat, Auguste Comte qui faisait culminer la connaissance dans la science des sociétés, Karl Marx qui faisait de la lutte des classes le moteur de l’histoire et ramenait l’économie, la politique et la culture en général aux « rapports sociaux réels ». Durkheim, Mauss, Weber et leurs successeurs sociologues et anthropologues se sont interrogé sur les mécanismes par lesquels nous « faisons société ». L’homme est un animal politique qui ne peut pas ne pas vivre en société. Comment vivifier la philia, lien d’amitié entre les membres de la même communauté ? Quelles sont les vraies ou les bonnes sociétés ? Spirituelles, cosmopolites, impériales, civiques, nationales…? Quels sont les meilleurs régimes politiques ? Autant d’interrogations toujours ouvertes.

Affect

Dans l’affect – m. en IEML – un être s’oriente vers d’autres êtres, ou détermine son intériorité la plus intime. L’affect est ici entendu comme le tropisme de la subjectivité. Désir, amour, haine, indifférence, compassion, équanimité sont des qualités émotionnelles qui circulent entre les êtres.

Après les poètes, les dévots et les comédiens, Freud, la psychanalyse et une bonne part de la psychologie clinique insistent sur l’importance de l’affect et des fonctions émotionnelles pour comprendre l’existence humaine. On a beaucoup souligné récemment l’importance de « l’intelligence émotionnelle ». Mais la chose n’est pas nouvelle. Cela fait bien longtemps que les philosophes s’interrogent sur l’amour (voir le Banquet de Platon) et les passions (Descartes lui-même a écrit un Traité des passions), même s’il n’en font pas toujours le thème central de leur philosophie. L’existence se débat nécessairement dans les problèmes affectifs parce qu’aucune vie humaine ne peut échapper aux émotions, à l’attraction et à la répulsion, à la joie et à la tristesse. Mais les émotions sont-elles des expressions légitimes de notre nature spontanée ou des «poisons de l’esprit» (selon la forte expression bouddhiste) auxquels il ne faut pas laisser le gouvernement de notre existence ? Ou les deux ? De nombreuses écoles philosophiques aussi bien Orient qu’en Occident, ont vanté l’ataraxie, le calme mental ou, tout au moins, la modération des passions. Mais comment maîtriser les passions, et comment les maîtriser sans les connaître ?

Monde

Dans le monde – n. en IEML – les êtres humains (être en substance) s’expriment dans leur environnement physique (chose en attribut). Ils habitent cet environnement, ils le travaillent au moyen d’outils, ils en nomment les parties et les objets, leur attribuent des valeurs. C’est ainsi que se construit un monde culturellement ordonné, un cosmos.

Nietzsche (qui accordait un rôle central à la création des valeurs), tout comme la pensée anthropologique, fondent principalement leur approche sur le concept de « monde », ou de cosmos organisé par la culture humaine. La notion indienne tout-englobante de dharma se réfère ultimement à un ordre cosmique transcendant qui veut se manifester jusque dans les plus petits détails de l’existence. L’interrogation philosophique sur la justice rejoint cette idée que les actes humains sont en résonance ou en dissonance avec un ordre universel. Mais quelle est la « voie » (le Dao de la philosophie chinoise) de cet ordre ? Son universalité est-elle naturelle ou conventionnelle ? A quels principes obeit-elle ?

Vérité

La vérité – d. en IEML – décrit un « devenir signe de la chose ». Une référence (un état de chose) se manifeste par un message déclaratif (un signe). Un énoncé n’est vrai que s’il contient une description correcte d’un état de choses. L’authenticité se dit d’un signe qui garantit une chose.

La tradition logicienne et la philosophie analytique s’intéressent principalement au concept de vérité (au sens de l’exactitude des faits et des raisonnements) ainsi qu’aux problèmes liés à la référence. L’épistémologie et les sciences cognitives qui se situent dans cette mouvance mettent au fondement de leur démarche la construction d’une connaissance vraie. Mais, au-delà de ces spécialisations, la question de la vérité est un point de passage obligé de l’interrogation philosophique. Même les plus sceptiques ne peuvent renoncer à la vérité sans renoncer à leur propre scepticisme. Si l’on veut mettre l’accent sur sa stabilité et sa cohérence, on la fera découler des lois de la logique et de procédures rigoureuses de vérification empirique. Mais si l’on veut mettre l’accent sur sa fragilité et sa multiplicité, on la fera sécréter par des paradigmes (au sens de Khun), des épistémès, des constructions sociales de sens, toutes variables selon les temps et les lieux.

Vie

Dans la vie – f. en IEML – une chose substantielle (la matérialité du corps) prend l’attribut de l’être, avec sa qualité d’intériorité subjective. La vie évoque ainsi l’incarnation physique d’une créature sensible. Quand un être vivant mange et boit, il transforme des entités objectivées en matériaux et combustibles pour les processus organiques qui supportent sa subjectivité : devenir être de la chose.

Les empiristes fondent la connaissance sur les sens. Les phénoménologues analysent notamment la manière dont les choses nous apparaissent dans la perception. Le biologisme ramène le fonctionnement de l’esprit à celui des neurones ou des hormones. Autant de traditions et de points de vue qui, malgré leurs différences, convergent sur l’organisme humain, ses fonctions et sa sensibilité. Beaucoup de grands philosophes furent des biologistes (Aristote, Darwin) ou des médecins (Hippocrate, Avicenne, Maïmonide…). Médecine chinoise et philosophie chinoise sont profondément interreliées. Il est indéniable que l’existence humaine émane d’un corps vivant et que tous les événements de cette existence s’inscrivent d’une manière ou d’une autre dans ce corps.

Espace

Dans l’espace – l. en IEML –, qu’il soit concret ou abstrait, une chose se relie aux autres choses, se manifeste dans l’univers des choses. L’espace est un système de transformation des choses. Il se construit de relations topologiques et de proximités géométriques, de territoires, d’enveloppes, de limites et de chemins, de fermetures et de passages. L’espace manifeste en quelque sorte l’essence superlative de la chose, comme la pensée manifestait celle du signe et l’affect celle de l’être.

Sur un plan philosophique, les géomètres, topologues, atomistes, matérialistes et physiciens fondent leurs conceptions sur l’espace. Comme je le soulignais plus haut, le géométrisme idéaliste ou l’atomisme matérialiste se rejoignent sur l’importance fondatrice de l’espace. Les atomes sont dans le vide, c’est-à-dire dans l’espace. L’existence humaine se projette nécessairement dans la multitude spatiale qu’elle construit et qu’elle habite : géographies physiques ou imaginaires, paysages urbains ou ruraux, architectures de béton ou de concepts, distances géométriques ou connexions topologiques, replis et réseaux à l’infini.

On peut ainsi caractériser les philosophies en fonction du ou des devenirs qu’elles prennent pour point de départ de leur démarche ou qui constituent leur thème de prédilection. Les devenirs IEML représentent des « points de passage obligé » de l’existence. Dès son alphabet, le métalangage ouvre la sphère sémantique à l’expression de n’importe quelle philosophie, exactement comme une langue naturelle. Mais c’est aussi une langue philosophique, conçue pour éviter les zones cognitives aveugles, les réflexes de pensée limitants dus à l’usage exclusif d’une seule langue naturelle, à la pratique d’une seule discipline devenue seconde nature ou à des points de vue philosophiques trop exclusifs. Elle a justement été construite pour favoriser la libre exploration de toutes les directions sémantiques. C’est pourquoi, en IEML, chaque philosophie apparaît comme une combinaison de points de vue partiels sur une sphère sémantique intégrale qui peut les accommoder toutes et les entrelace dans sa circularité radicale.