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What is IEML?

  • IEML (Information Economy MetaLanguage) is an open (GPL3) and free artificial metalanguage that is simultaneously a programming language, a pivot between natural languages and a semantic coordinate system. When data are categorized in IEML, the metalanguage compute their semantic relationships and distances.
  • From a “social” point of view, on line communities categorizing data in IEML generate explorable ecosystems of ideas that represent their collective intelligence.
  • Github.

What problems does IEML solve?

  • Decompartmentalization of tags, folksonomies, taxonomies, ontologies and languages (french and english for now).
  • Semantic search, automatic computing and visualization of semantic relations and distances between data.
  • Giving back to the users the information that they produce, enabling reflexive collective intelligence.

Who is IEML for?

Content curators

  • knowledge management
  • marketing
  • curation of open data from museums and libraries, crowdsourced curation
  • education, collaborative learning, connectionists MOOCs
  • watch, intelligence

Self-organizing on line communities

  • smart cities
  • collaborative teams
  • communities of practice…

Researchers

  • artificial intelligence
  • data analytics
  • humanities and social sciences, digital humanities

What motivates people to adopt IEML?

  • IEML users participate in the leading edge of digital innovation, big data analytics and collective intelligence.
  • IEML can enhance other AI techniques like machine learning, deep learning, natural language processing and rule-based inference.

IEML tools

IEML v.0

IEML v.0 includes…

  • A dictionary of  concepts whose edition is restricted to specialists but navigation and use is open to all.
  • A library of tags – called USLs (Uniform Semantic Locators) – whose edition, navigation and use is open to all.
  • An API allowing access to the dictionary, the library and their functionalities (semantic computing).

Intellect v.0

Intellect v.0 is a Twitter client (using the IEML API) that allows the categorization of data in IEML and their semantic computing.

Subsequent versions will address other social media.

When will it ship?

Fall 2017

Who made it?

The IEML project is designed and led by Pierre Lévy.

It has been financed by the Canada Research Chair in Collective Intelligence at the University of Ottawa (2002-2016).

At an early stage (2004-2011) Steve Newcomb and Michel Biezunski have contributed to the design and implementation (parser, dictionary). Christian Desjardins implemented a second version of the dictionary. Andrew Roczniak helped for the first mathematical formalization, implemented a second version of the parser and a third version of the dictionary (2004-2016).

The version 0 (2016) has been implemented by Louis van Beurden, Hadrien Titeux (chief engineers), Candide Kemmler (project management, interface), Zakaria Soliman and Alice Ribaucourt.

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Dice sculpture by Tony Cragg

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FIGURE 1

La figure 1 présente les six catégories primitives de la sémantique et schématise leurs relations d’interdépendance. On peut comparer ce diagramme à celui d’une main. Alors que l’organe du corps humain possède cinq doigts et une opposition entre le pouce et les autres doigts, la main sémantique comporte six doigts – les catégories – et quatre systèmes d’opposition emboîtés – les relations –. La pince du virtuel et de l’actuel commande la relation d’interdépendance pragmatique. La pince ternaire entre le signe, l’être et la chose prend en charge l’interdépendance sémiotique. L’opposition de la pince pragmatique et de la pince sémiotique actionne la tenaille de la relation formelle. La méta-pince rationnelle, enfin, oppose le vide et la forme.

Le vide, le virtuel, l’actuel, le signe, l’être et la chose ne sont pas de mon invention, je me suis contenté de recueillir puis de mettre en forme un très ancien héritage. La plupart des catégories sémantiques remontent au moins à Aristote et elles ont été raffinées par une longue tradition de philosophes, de logiciens, de sémioticiens, de grammairiens et de linguistes. On trouvera une importante bibliographie à ce sujet dans La Sphère sémantique (2011). Je me contenterai ici de signaler quelques-unes de mes sources.

La relation pragmatique entre virtuel et actuel

On catégorise comme actuel ce qui possède un caractère concret ou sensible et qui se localise facilement dans l’espace et le temps. Par contraste, le virtuel catégorise ce qui possède un caractère intelligible, abstrait et auquel il est difficile d’attribuer une adresse spatio-temporelle bien déterminée.

Le couple virtuel/actuel décrit une dialectique pragmatique, que l’on peut retrouver notamment dans la dynamique entre potentialités (virtuelles) et réalisations (actuelles), problèmes (virtuels) et solutions (actuelles), stratégies (relation aux finalités virtuelles) et tactiques (relations aux moyens actuels), etc.

La dialectique du virtuel et de l’actuel fait écho au Ciel et à la Terre des premières nations, au yang et au yin de la pensée chinoise, à l’âme et au corps, à la transcendance et à l’immanence, à l’intelligible et au sensible (Platon), à la puissance et à l’acte (Aristote), à la pensée et à l’étendue (Descartes), au transcendantal et à l’empirique (Kant)… J’ai par ailleurs consacré un livre entier à cette question.

Virtuel et actuel sont des notions relatives, qui se définissent l’une par l’autre. Dans l’analyse d’un cycle pragmatique complexe, la catégorisation des phases virtuelle et actuelle relève de l’interprétation en contexte. Par ailleurs, virtualité et actualité peuvent définir les deux pôles d’un continuum. Ainsi, un caillou rêvé est plus virtuel qu’un caillou perçu, mais plus actuel qu’un rêve de caillou dans un roman.

La relation sémiotique entre signe, être et chose

Le signe catégorise ce qui est de l’ordre du code, du message et de la connaissance. L’être indique les personnes, leurs rapports et leurs intentions, ce qui est de l’ordre de l’esprit, la capacité de concevoir ou d’interpréter. Enfin, la chose catégorise ce dont on parle, les objets (abstraits ou concrets), les corps, les outils, le pouvoir.

Le ternarité signe/être/chose exprime une dialectique sémiotique, que l’on retrouve notamment dans la distribution des rôles de communication : on pourra par exemple distinguer entre les messages (signes), les personnes (êtres) et les éléments de contexte qui sont en jeu (choses). En logique, la proposition (signe), le jugement (être) et l’état de chose (chose) sont inséparables puisqu’un jugement logique détermine si un état de chose correspond, oui ou non, à une proposition.

La dialectique sémiotique du signe, de l’être et de la chose renvoie…

  • à la distinction aristotélicienne du symbole, de l’état d’esprit et de la chose ;
  • à la triade « vox, conceptus, res » de la philosophie médiévale ;
  • au fondement du signe, à l’interprétant et à l’objet de C. S. Peirce ;
  • au noème, à l’intention et à l’objet de Husserl (ou bien, à un niveau d’analyse plus fin décomposant le noème de cette dernière triade, la noèse – signe –, le noème au sens restreint – être – et la hylè sensible – chose – ;
  • au logos, à l’ethos et au pathos de la rhétorique ;
  • aux actes locutoire, illocutoire et perlocutoire de la pragmatique (tels que définis par Austin), et ainsi de suite.

De même que dans le cas de la dialectique virtuel/actuel, la dialectique signe/être/chose est hautement relative. Il s’agit surtout de déterminer le rôle joué par ce que l’on veut catégoriser selon les points de vue, les circonstances et les contextes. Par exemple, une personne pourra être catégorisée signe, être ou chose selon la fonction qu’elle joue dans une situation : messager (signe), interlocuteur (être) ou sujet de la conversation (chose).

La relation formelle entre pragmatique et sémiotique

Les dialectiques pragmatique et sémiotique sont elles-mêmes en relation dynamique d’interdépendance. L’interdépendance de la figure et du fond – de la représentation sémiotique et de l’interaction pragmatique – fait émerger une forme. A l’intérieur de cette dialectique, la sémiotique décrit les opérations de construction ou de production d’entités tandis que la pragmatique rend compte de l’exploration et de la reconnaissance de processus. C’est ainsi que les mouvements ou les verbes seront catégorisés comme pragmatiques et que les entités ou les noms seront catégorisés comme sémiotiques.

Sur un plan épistémologique, cette dialectique permet d’articuler deux faces complémentaires de la connaissance : le « savoir produire » de l’intérieur (sémiotique) et le « savoir reconnaître » à l’extérieur (pragmatique). Par exemple, maîtriser le langage suppose d’être capable de produire des phrases, ce qui se termine par une activation motrice, mais aussi de les reconnaître, ce qui commence par une activation sensorielle. Les deux aspects sont à la fois distincts et complémentaires. Pour prendre un autre exemple, nous savons marcher ou manger ; nous savons aussi reconnaître la marche ou la manducation chez les autres, donc ailleurs que dans notre propre activité ; finalement, nous savons qu’il s’agit de la même chose, même si savoir faire et savoir reconnaître mettent en oeuvre des sensations et des mouvements différents.

La relation rationnelle entre vide et forme

La dialectique rationnelle, enfin, met en relation la forme qui comprend les cinq catégories pleines (virtuel, actuel, signe, être, chose) et le vide. Le vide rend compte du zéro, du silence, du blanc, de l’indétermination sémantique et de l’espace ouvert où se déploie l’expérience humaine. A ce titre, il s’oppose aux catégories pleines qu’il exclut en tant que néant… mais qu’il contient en tant qu’espace. Le contraste entre le pattern et le bruit dans le signal. relève justement de cette dialectique rationnelle entre le vide (le bruit) et le plein (le pattern).

Une théorie sémantique de la cognition doit rendre compte de la distinction fondamentale entre fait et fiction, c’est-à-dire entre les idées dont les objets seront réputés inventés ou simulés (vide) et celles dont les objets seront supposés réels (plein) : il y va de la survie de l’être intelligent. C’est pourquoi, en fonction des circonstances, la dialectique rationnelle distinguera entre le vrai et le faux, le connu et l’inconnu, la réalité et l’imitation, les idées claires ou confuses…

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FIGURE 1

J’ai montré dans un post précédent, l’importance contemporaine de la curation collaborative de données.  Les compétences dans ce domaine sont au coeur de la nouvelle litéracie algorithmique. La figure 1 présente ces compétences de manière systématique et, ce faisant, elle met en ordre les savoir-faire intellectuels et pratiques tout comme les « savoir-être » éthiques qui supportent l’augmentation de l’intelligence collective en ligne. L’étoile évoque le signe, le visage l’être et le cube la chose (sur ces concepts voir ce post). La table est organisée en trois rangées et trois colonnes interdépendantes. La première rangée explicite les fondements de l’intelligence algorithmique au niveau personnel, la seconde rappelle l’indispensable travail critique sur les sources de données et la troisième détaille les compétences nécessaires à l’émergence d’une intelligence collective augmentée par les algorithmes. L’intelligence personnelle et l’intelligence collective travaillent ensemble et ni l’une ni l’autre ne peuvent se passer d’intelligence critique ! Les colonnes évoquent trois dimensions complémentaires de la cognition : la conscience réflexive, la production de signification et la mémoire. Aucune d’elles ne doit être tenue pour acquise et toutes peuvent faire l’objet d’entraînement et de perfectionnement. Dans chaque case, l’item du haut pointe vers un exercice de virtualisation tandis que celui du bas indique une mise en oeuvre actuelle de la compétence, plus concrète et située. Je vais maintenant commenter le tableau de la figure 1 rangée par rangée.

L’intelligence personnelle

La notion d’intelligence personnelle doit ici s’entendre au sens d’une compétence cognitive individuelle. Mais elle tire également vers la signification du mot « intelligence » en anglais. Dans ce dernier sens, elle désigne la capacité d’un individu à mettre en place son propre système de renseignement.

La gestion de l’attention ne concerne pas seulement l’exercice de la concentration et l’art complémentaire d’éviter les distractions. Elle inclut aussi le choix réfléchi de priorités d’apprentissage et le discernement de sources d’information pertinentes. Le curateur lui-même doit décider de ce qui est pertinent et de ce qui ne l’est pas selon ses propres critères et en fonction des priorités qu’il s’est donné. Quant à la notion de source, est-il besoin de souligner ici que seuls les individus, les groupes et les institutions peuvent être ainsi qualifiés. Seuls donc ils méritent la confiance ou la méfiance. Quant aux médias sociaux, ce ne sont en aucun cas des sources (contrairement à ce que croient certains journalistes) mais plutôt des plateformes de communication. Prétendre, par exemple, que « Twitter n’est pas une source fiable », n’a pas plus de sens que l’idée selon laquelle « le téléphone n’est pas une source fiable ».

L’interpretation des données relève également de la responsabilité des curateurs. Avec tous les algorithmes statistiques et tous les outils d’analyse automatique de données (« big data analytics ») du monde, nous aurons encore besoin d’hypothèses causales, de théories et de systèmes de catégorisation pour soutenir ces théories. Les corrélations statistiques peuvent suggérer des hypothèses causales mais elles ne les remplacent pas. Car nous voulons non seulement prédire le comportement de phénomènes complexes, mais aussi les comprendre et agir sur la base de cette compréhension. Or l’action efficace suppose une saisie des causes réelles et non seulement la perception de corrélations. Sans les intuitions et les théories dérivées de notre connaissance personnelle d’un domaine, les outils d’analyse automatique de données ne seront pas utilisés à bon escient. Poser de bonnes questions aux données n’est pas une entreprise triviale !

Finalement, les données collectionnées doivent être gérées au plan matériel. Il nous faut donc choisir les bons outils d’entreposage dans les « nuages » et savoir manipuler ces outils. Mais la mémoire doit être aussi entretenue au niveau conceptuel. C’est pourquoi le bon curateur est capable de créer, d’adopter et surtout de maintenir un système de catégorisation qui lui permettra de retrouver l’information désirée et d’extraire de ses collections la connaissance qui lui sera utile.

L’intelligence critique

L’intelligence critique porte essentiellement sur la qualité des sources. Elle exige d’abord un travail de critique « externe ». Nous savons qu’il n’existe pas d’autorité transcendante dans le nouvel espace de communication. Si nous ne voulons pas être trompé, abusé, ou aveuglé par des oeillères informationnelles, il nous faut donc autant que possible diversifier nos sources. Notre fenêtre d’attention doit être maintenue bien ouverte, c’est pourquoi nous nous abonnerons à des sources adoptant divers points de vue, récits organisateurs et théories. Cette diversité nous permettra de croiser les données, d’observer les sujets sur lesquelles elles se contredisent et ceux sur lesquelles elles se confirment mutuellement.

L’évaluation des sources demande également un effort de décryptage des identités : c’est la critique « interne ». Pour comprendre la nature d’une source, nous devons reconnaître son système de classification, ses catégories maîtresses et son récit organisateur. En un sens, une source n’est autre que le récit autour duquel elle organise ses données : sa manière de produire du sens.

Finalement l’intelligence critique possède une dimension « pragmatique ». Cette critique est la plus dévastatrice parce qu’elle compare le récit de la source avec ce qu’elle fait réellement. Je vise ici ce qu’elle fait en diffusant ses messages, c’est-à-dire l’effet concret de ses actes de communication sur les conversations en cours et l’état d’esprit des participants. Je vise également les contributions intellectuelles et esthétiques de la source, ses interactions économiques, politiques, militaires ou autres telles qu’elles sont rapportées par d’autres sources. Grâce à cette bonne mémoire nous pouvons noter les contradictions de la source selon les moments et les publics, les décalages entre son récit officiel et les effets pratiques de ses actions. Enfin, plus une source se montre transparente au sujet de ses propres sources d’informations, de ses références, de son agenda et de son financement et plus elle est fiable. Inversement, l’opacité éveille les soupçons.

L’intelligence collective

Je rappelle que l’intelligence collective dont il est question ici n’est pas une « solution miracle » mais un savoir-faire à cultiver qui présuppose et renforce en retour les intelligences personnelles et critiques.

Commençons par définir la stigmergie : il s’agit d’un mode de communication dans lequel les agents se coordonnent et s’informent mutuellement en modifiant un environnement ou une mémoire commune. Dans le médium algorithmique, la communication tend à s’établir entre des pairs qui créent, catégorisent, critiquent, organisent, lisent, promeuvent et analysent des données au moyen d’outils algorithmiques. Il s’agit bien d’une communication stigmergique parce que, même si les personnes dialoguent et se parlent directement, le principal canal de communication reste une mémoire commune que les participants exploitent et transforment ensemble. Il est utile de distinguer entre les mémoires locale et globale. Dans la mémoire « locale » de réseaux ou de communautés particulières, nous devons prêter attention à des contextes et à des histoires singulières. Il est également recommandé de tenir compte des contributions des autres participants, de ne pas aborder des sujets non-pertinents pour le groupe, d’éviter les provocations, les explosions d’agressivité, les provocations, etc.

Quant à la mémoire « globale », il faut se souvenir que chaque action dans le médium algorithmique réorganise – même de façon infinitésimale – la mémoire commune : lire, taguer, acheter, poster, créer un hyperlien, souscrire, s’abonner, « aimer », etc. Nous créons notre environnement symbolique de manière collaborative. Le bon agent humain de l’intelligence collective gardera donc à la conscience que ses actions en ligne contribuent à l’information des autres agents.

La liberté dont il est question dans la figure 1 se présente comme une dialectique entre pouvoir et responsabilité. Le pouvoir recouvre notre capacité à créer, évaluer, organiser, lire et analyser les données, notre aptitude à faire évoluer la mémoire commune à partir de la multitude distribuée de nos actions. La responsabilité se fonde sur une conscience réfléchie de notre pouvoir collectif, conscience qui informe en retour l’orientation de notre attention et le sens que nous donnons à l’exercice de nos pouvoirs.

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FIGURE 2

L’apprentissage collaboratif

Finalement, l’apprentissage collaboratif est un des processus cognitifs majeurs de l’intelligence collective et le principal bénéfice social des habiletés en curation de données. Afin de bien saisir ce processus, nous devons distinguer entre savoirs tacites et savoirs explicites. Les savoirs tacites recouvrent ce que les membres d’une communauté ont appris dans des contextes particuliers, les savoir-faire internalisés dans les réflexes personnels à partir de l’expérience. Les savoirs explicites, en revanche, sont des récits, des images, des données, des logiciels ou d’autres ressources documentaires, qui sont aussi clairs et décontextualisés que possible, afin de pouvoir être partagés largement.

L’apprentissage collaboratif enchaîne deux mouvements. Le premier consiste à traduire le savoir tacite en savoir explicite pour alimenter une mémoire commune. Dans un second mouvement, complémentaire du premier, les participants exploitent le savoir explicite et les ressources d’apprentissage disponibles dans la mémoire commune afin d’adapter ces connaissances à leur contexte particulier et de les intégrer dans leurs réflexes quotidiens. Les curateurs sont potentiellement des étudiants ou des apprenants lorsqu’ils internalisent un savoir explicite et ils peuvent se considérer comme des enseignants lorsqu’ils mettent des savoirs explicites à la disposition des autres. Ce sont donc des pairs (voir la figure 2) qui travaillent dans un champ de pratique commun. Ils transforment autant que possible leur savoir tacite en savoir explicite et travaillent en retour à traduire la partie des connaissances explicites qu’ils veulent acquérir en savoir pratique personnel. J’écris “autant que possible” parce que l’explicitation totale du savoir tacite est hors de portée, comme l’a bien montré Michael Polanyi.

Dans le médium algorithmique, le savoir explicite prend la forme de données catégorisées et évaluées. Le cycle de transformation des savoirs tacites en savoirs explicites et vice versa prend place dans les médias sociaux, où il est facilité par une conversation créative civilisée : les compétences intellectuelles et sociales (ou morales) fonctionnent ensemble !

Abstract

IEML is an artificial language that allows the automatic computing of (a) the semantic relationships internal to its texts and of (b) the semantic relationships between its texts. Such an innovation could have a positive impact on the development of human collective intelligence. While we are currently limited to logical and statistical analytics, semantic coding could allow large scale computing on the meaning of data, provided that these data are categorized in IEML. Moreover “big data” algorithms are currently monopolized by big companies and big governemnts. But according to the perspective adopted here, the algorithmic tools of the future will put data-anaytics, machine learning and reflexive collective intelligence in the hands of the majority of Internet users.
I will first describe the main components of an algorithm (code, operators, containers, instructions), then I will show that the growth of the algorithmic medium has been shaped by innovations in coding and containers addressing. The current limitations of the web (absence of semantic interoperability and statistical positivism) could be overcomed by the invention of a new coding system aimed at making the meaning computable. Finally I will describe the cognitive gains that can be secured from this innovation.

This paper has been published by Spanda Journal special issue on “Creativity & Collective Enlightenment”,  VI, 2, December 2015, p. 59-66

Our communications—transmission and reception of data—are based on an increasingly complex infrastructure for the automatic manipulation of symbols, which I call the algorithmic medium because it automates the transformation of data, and not only their conservation, reproduction and dissemination (as with previous media). Both our data-centric society and the algorithmic medium that provides its tools are still at their tentative beginnings. Although it is still hard to imagine today, a huge space will open up for the transformation and analysis of the deluge of data we produce daily. But our minds are still fascinated by the Internet’s power of dissemination of messages, which has almost reached its maximum.
In the vanguard of the new algorithmic episteme, IEML (or any other system that has the same properties) will democratize the categorization and automatic analysis of the ocean of data. The use of IEML to categorize data will create a techno-social environment that is even more favourable for collaborative learning and the distributed production of knowledge. In so doing, it will contribute to the emergence of the algorithmic medium of the future and reflect collective intelligence in the form of ecosystems of ideas.
This text begins by analyzing the structure and functioning of algorithms and shows that the major stages in the evolution of the new medium correspond to the appearance of new systems for encoding and addressing data: the Internet is a universal addressing system for computers and the Web, a universal addressing system for data. However, the Web, in 2016, has many limitations. Levels of digital literacy are still low. Interoperability and semantic transparency are sorely lacking. The majority of its users see the Web only as a big multimedia library or a means of communication, and pay no attention to its capacities for data transformation and analysis. As for those concerned with the processing of big data, they are hindered by statistical positivism. In providing a universal addressing system for concepts, IEML takes a decisive step toward the algorithmic medium of the future. The ecosystems of ideas based on this metalanguage will give rise to cognitive augmentations that are even more powerful than those we already enjoy.

What is an algorithm?

To help understand the nature of the new medium and its evolution, let us represent as clearly as possible what an algorithm is and how it functions. In simplified explanations of programming, the algorithm is often reduced to a series of instructions or a “recipe.” But no series of instructions can play its role without the three following elements: first, an adequate encoding of the data; second, a well-defined set of reified operators or functions that act as black boxes; third, a system of precisely addressed containers capable of recording initial data, intermediate results and the end result. The rules—or instructions—have no meaning except in relation to the code, the operators and the memory addresses.
I will now detail these aspects of the algorithm and use that analysis to periodize the evolution of the algorithmic medium. We will see that the major stages in the growth of this medium are precisely related to the appearance of new systems of addressing and encoding, both for the containers of data and for the operators. Based on IEML, the coming stage of development of the algorithmic medium will provide simultaneously a new type of encoding (semantic encoding) and a new system of virtual containers (semantic addressing).

Encoding of data

For automatic processing, data must first be encoded appropriately and uniformly. This involves not only binary encoding (zero and one), but more specialized types of encoding such as encoding of numbers (in base two, eight, ten, sixteen, etc.), that of characters used in writing, that of images (pixels), that of sounds (sampling), and so on.

Operators

We must then imagine a set of tools or specialized micro-machines for carrying out certain tasks on the data. Let us call these specialized tools “operators.” The operators are precisely identified, and they act in a determined or mechanical way, always the same way. There obviously has to be a correspondence or a match between the encoding of the data and the functioning of the operators.
The operators were first identified insider computers: they are the elementary electronic circuits that make up processors. But we can consider any processor of data—however complex it is—as a “black box” serving as a macro-operator. Thus the protocol of the Internet, in addressing the computers in the network, at the same time set up a universal addressing system for operators.

Containers

In addition to a code for the data and a set of operators, we have to imagine a storehouse of data whose basic boxes or “containers” are completely addressed: a logical system of recording with a smooth surface for writing, erasing and reading. It is clear that the encoding of data, the operations applied to them and the mode of recording them—and therefore their addressing—must be harmonized to optimize processing.
The first addressing system of the containers is internal to computers, and it is therefore managed by the various operating systems (for example, UNIX, Windows, Apple OS, etc.). But at the beginning of the 1990s, a universal addressing system for containers was established above that layer of internal addressing: the URLs of the World Wide Web.

Instructions

The fourth and last aspect of an algorithm is an ordered set of rules—or a control mechanism—that organizes the recursive circulation of data between the containers and the operators. The circulation is initiated by a data flow that goes from containers to the appropriate operators and then directs the results of the operations to precisely addressed containers. A set of tests (if . . . , then . . .) determines the choice of containers from which the data to be processed are drawn, the choice of operators and the choice of containers in which the results are recorded. The circulation of data ends when a test has determined that processing is complete. At that point, the result of the processing—a set of encoded data—is located at a precise address in the system of containers.

The growth of the new medium

To shape the future development of the algorithmic medium, we have to first look at its historical evolution.

Automatic calculation (1940-1970)

From when can we date the advent of the algorithmic medium? We might be tempted to give its date of birth as 1937, since it was in that year that Alan Turing (1912-1954) published his famous article introducing the concept of the universal machine, that is, the formal structure of a computer. The article represents calculable functions as programs of the universal machine, that is, essentially, algorithms. We could also choose 1945, because in June of that year, John von Neumann (1903-1957) published his “First draft of a report on the EDVAC,” in which he presented the basic architecture of computers: 1) a memory containing data and programs (the latter encoding algorithms), 2) an arithmetic, logical calculation unit and 3) a control unit capable of interpreting the instructions of the programs contained in the memory. Since the seminal texts of Alan Turing and John von Neumann represent only theoretical advances, we could date the new era from the construction and actual use of the first computers, in the 1950s. It is clear, however, that (in spite of the prescience of a few visionaries ) until the end of the 1970s, it was still hard to talk about an algorithmic medium. One of the main reasons is that the computers at that time were still big, costly, closed machines whose input and output interfaces could only be manipulated by experts. Although already in its infancy, the algorithmic medium was not yet socially prevalent.
It should be noted that between 1950 and 1980 (before Internet connections became the norm), data flows circulated mainly between containers and operators with local addresses enclosed in a single machine.

The Internet and personal computers (1970-1995)

A new trend emerged in the 1970s and became dominant in the 1980s: the interconnection of computers. The Internet protocol (invented in 1969) won out over its competitors in addressing machines in telecommunication networks. This was also the period when computing became personal. The digital was now seen as a vector of transformation and communication of all symbols, not only numbers. The activities of mail, telecommunications, publishing, the press, and radio and television broadcasting began to converge.
At the stage of the Internet and personal computers, data processed by algorithms were always stored in containers with local addresses, but—in addition to those addresses—operators now had universal physical addresses in the global network. Consequently, algorithmic operators could “collaborate,” and the range of types of processing and applications expanded significantly.

The World Wide Web (1995-2020)

It was only with the arrival of the Web, around 1995, however, that the Internet became the medium of most communication—to the point of irreversibly affecting the functioning of the traditional media and most economic, political and cultural institutions.
The revolution of the Web can be explained essentially as the creation of a universal system of physical addresses for containers. This system, of course, is URLs. It should be noted that—like the Internet protocol for operators—this universal system is added to the local addresses of the containers of data, it does not eliminate them. Tim Berners-Lee’s ingenious idea may be described as follows: by inventing a universal addressing system for data, he made possible the shift from a multitude of actual databases (each controlled by one computer) to a single virtual database for all computers. One of the main benefits is the possibility of creating hyperlinks among any of the data of that universal virtual database: “the Web.”
From then on, the effective power and the capacity for collaboration—or inter-operation—between algorithms increased and diversified enormously, since both operators and containers now possessed universal addresses. The basic programmable machine became the network itself, as is shown by the spread of cloud computing.
The decade 2010-2020 is seeing the beginning of the transition to a data-centric society. Indeed, starting with this phase of social utilization of the new medium, the majority of interactions among people take place through the Internet, whether purely for socialization or for information, work, research, learning, consumption, political action, gaming, watches, and so on. At the same time, algorithms increasingly serve as the interface for relationships between people, relationships among data, and relationships between people and data. The increase in conflicts around ownership and free accessibility of data, and around openness and transparency of algorithms, are clear signs of a transition to a data-centric society. However, in spite of their already decisive role, algorithms are not yet perceived in the collective consciousness as the new medium of human communication and thought. People were still fascinated by the logic of dissemination of previous media.
The next stage in the evolution of the algorithmic medium—the semantic sphere based on IEML—will provide a conceptual addressing system for data. But before we look at the future, we need to think about the limitations of the contemporary Web. Indeed, the Web was invented to help solve problems in interconnecting data that arose around 1990, at a time when one percent of the world’s population (mainly anglophone) was connected. But now in 2014, new problems have arisen involving the difficulties of translating and processing data, as well as the low level of digital literacy. When these problems become too pronounced (probably around 2020, when more than half the world’s population will be connected), we will be obliged to adopt a conceptual addressing system on top of the layer of physical addressing of the WWW.

The limitations of the Web in 2016

The inadequacy of the logic of dissemination

From Gutenberg until the middle of the twentieth century, the main technical effect of the media was the mechanical recording, reproduction and transmission of the symbols of human communication. Examples include printing (newspapers, magazines, books), the recording industry, movies, telephone, radio and television. While there were also technologies for calculation, or automatic transformation of symbols, the automatic calculators available before computers were not very powerful and their usefulness was limited.
The first computers had little impact on social communication because of their cost, the complexity of using them and the small number of owners (essentially big corporations, some scientific laboratories and the government administrations of rich countries). It was only beginning in the 1980s that the development of personal computing provided a growing proportion of the population with powerful tools for producing messages, whether these were texts, tables of numbers, images or music. From then on, the democratization of printers and the development of communication networks among computers, as well as the increased number of radio and television networks, gradually undermined the monopoly on the massive dissemination of messages that had traditionally belonged to publishers, professional journalists and the major television networks. This revolution in dissemination accelerated with the arrival of the World Wide Web in the mid-1990s and blossomed into the new kind of global multimedia public sphere that prevails now at the beginning of the twenty-first century.
In terms of the structure of social communication, the essential characteristic of the new public sphere is that it permits anyone to produce messages, to transmit to a community without borders and to access messages produced and transmitted by others. This freedom of communication is all the more effective since its exercise is practically free and does not require any prior technical knowledge. In spite of the limits I will describe below, we have to welcome the new horizon of communication that is now offered to us: at the rate at which the number of connections is growing, almost all human beings in the next generation will be able to disseminate their messages to the entire planet for free and effortlessly.
It is certain that automatic manipulation—or transformation—of symbols has been practiced since the 1960s and 1970s. I have also already noted that a large proportion of personal computing was used to produce information and not only to disseminate it. Finally, the major corporations of the Web such as Google, Amazon, eBay, Apple, Facebook, Twitter and Netflix daily process huge masses of data in veritable “information factories” that are entirely automated. In spite of that, the majority of people still see and use the Internet as a tool for the dissemination and reception of information, in continuity with the mass media since printing and, later, television. It is a little as if the Web gave every individual the power of a publishing house, a television network and a multimedia postal service in real time, as well as access to an omnipresent global multimedia library. Just as the first printed books—incunabula—closely copied the form of manuscripts, we still use the Internet to achieve or maximize the power of dissemination of previous media. Everyone can transmit universally. Everyone can receive from anywhere.
No doubt we will have to exhaust the technical possibilities of automatic dissemination—the power of the media of the last four centuries—in order to experience and begin to assimilate intellectually and culturally the almost unexploited potential of automatic transformation—the power of the media of centuries to come. That is why I am again speaking of the algorithmic medium: to emphasize digital communication’s capacity for automatic transformation. Of course, the transformation or processing power of the new medium can only be actualized on the basis of the irreversible achievement of the previous medium, the universal dissemination or ubiquity of information. That was nearly fully achieved at the beginning of the twenty-first century, and coming generations will gradually adapt to automatic processing of the massive flow of global data, with all its unpredictable cultural consequences. There are at this time three limits to this process of adaptation: users’ literacy, the absence of semantic interoperability and the statistical positivism that today governs data analysis.

The problem of digital literacy

The first limit of the contemporary algorithmic medium is related to the skills of social groups and individuals: the higher their education level (elementary, secondary, university), the better developed their critical thinking, the greater their mastery of the new tools for manipulation of symbols and the more capable they are of turning the algorithmic medium to their advantage. As access points and mobile devices increase in number, the thorny question of the digital divide is less and less related to the availability of hardware and increasingly concerns problems of print literacy, media literacy and education. Without any particular skills in programming or even in using digital tools, the power provided by ordinary reading and writing is greatly increased by the algorithmic medium: we gain access to possibilities for expression, social relationships and information such as we could not even have dreamed of in the nineteenth century. This power will be further increased when, in the schools of the future, traditional literacy, digital literacy and understanding of ecosystems of ideas are integrated. Then, starting at a very young age, children will be introduced to categorization and evaluation of data, collection and analysis of large masses information and programming of semantic circuits.

The absence of semantic interoperability

The second limit is semantic, since, while technical connection is tending to become universal, the communication of meaning still remains fragmented according to the boundaries of languages, systems of classification, disciplines and other cultural worlds that are more or less unconnected. The “semantic Web” promoted by Tim Berners-Lee since the late 1990s is very useful for translating logical relationships among data. But it has not fulfilled its promise with regard to the interoperability of meaning, in spite of the authority of its promoter and the contributions of many teams of engineers. As I showed in the first volume of The Semantic Sphere, it is impossible to fully process semantic problems while remaining within the narrow limits of logic. Moreover, the essentially statistical methods used by Google and the numerous systems of automatic translation available provide tools to assist with translation, but they have not succeeded any better than the “semantic Web” in opening up a true space of translinguistic communication. Statistics are no more effective than logic in automating the processing of meaning. Here again, we lack a coding of linguistic meaning that would make it truly calculable in all its complexity. It is to meet this need that IEML is automatically translated into natural languages in semantic networks.

Statistical positivism

The general public’s access to the power of dissemination of the Web and the flows of digital data that now result from all human activities confront us with the following problem: how to transform the torrents of data into rivers of knowledge? The solution to this problem will determine the next stage in the evolution of the algorithmic medium. Certain enthusiastic observers of the statistical processing of big data, such as Chris Anderson, the former editor-in-chief of Wired, were quick to declare that scientific theories—in general!—were now obsolete. In this view, we now need only flows of data and powerful statistical algorithms operating in the computing centres of the cloud: theories—and therefore the hypotheses they propose and the reflections from which they emerge—belong to a bygone stage of the scientific method. It appears that numbers speak for themselves. But this obviously involves forgetting that it is necessary, before any calculation, to determine the relevant data, to know exactly what is being counted and to name—that is, to categorize—the emerging patterns. In addition, no statistical correlation directly provides causal relationships. These are necessarily hypotheses to explain the correlations revealed by statistical calculations. Under the guise of revolutionary thought, Chris Anderson and his like are reviving the old positivist, empiricist epistemology that was fashionable in the nineteenth century, according to which only inductive reasoning (that is, reasoning based solely on data) is scientific. This position amounts to repressing or ignoring the theories—and therefore the risky hypotheses based on individual thought—that are necessarily at work in any process of data analysis and that are expressed in decisions of selection, identification and categorization. One cannot undertake statistical processing and interpret its results without any theory. Once again, the only choice we have is to leave the theories implicit or to explicate them. Explicating a theory allows us to put it in perspective, compare it with other theories, share it, generalize from it, criticize it and improve it. This is even one of the main components of what is known as critical thinking, which secondary and university education is supposed to develop in students.
Beyond empirical observation, scientific knowledge has always been concerned with the categorization and correct description of phenomenal data, description that is necessarily consistent with more or less formalized theories. By describing functional relationships between variables, theory offers a conceptual grasp of the phenomenal world that make it possible (at least partially) to predict and control it. The data of today correspond to what the epistemology of past centuries called phenomena. To extend this metaphor, the algorithms for analyzing flows of data of today correspond to the observation tools of traditional science. These algorithms show us patterns, that is, ultimately, images. But the fact that we are capable of using the power of the algorithmic medium to observe data does not mean we should stop here on this promising path. We now need to use the calculating power of the Internet to theorize (categorize, model, explain, share, discuss) our observations, without forgetting to make our theorizing available to the rich collective intelligence.
In their 2013 book on big data, Viktor Mayer-Schonberger and Kenneth Cukier, while emphasizing the distinction between correlation and causality, predicted that we would take more and more interest in correlations and less and less in causality, which put them firmly in the empiricist camp. Their book nevertheless provides an excellent argument against statistical positivism. Indeed, they recount the very beautiful story of Matthew Maury, an American naval officer who in the mid-nineteenth century compiled data from log books in the official archives to establish reliable maps of winds and currents. Those maps were constructed from an accumulation of empirical data. But with all due respect for Cukier and Mayer-Schonberger, I would point out that such an accumulation would never have been useful, or even feasible, without the system of geographic coordinates of meridians and parallels, which is anything but empirical and based on data. Similarly, it is only by adopting a system of semantic coordinates such as IEML that we will be able to organize and share data flows in a useful way.
Today, most of the algorithms that manage routing of recommendations and searching of data are opaque, since they are protected trade secrets of major corporations of the Web. As for the analytic algorithms, they are, for the most part, not only opaque but also beyond the reach of most Internet users for both technical and economic reasons. However, it is impossible to produce reliable knowledge using secret methods. We must obviously consider the contemporary state of the algorithmic medium to be transitory.
What is more, if we want to solve the problem of the extraction of useful information from the deluge of big data, we will not be able to eternally limit ourselves to statistical algorithms working on the type of organization of digital memory that exists in 2016. We will sooner or later, and the sooner the better, have to implement an organization of memory designed from the start for semantic processing. We will only be able to adapt culturally to the exponential growth of data—and therefore transform these data into reflected knowledge—through a qualitative change of the algorithmic medium, including the adoption of a system of semantic coordinates such as IEML.

The semantic sphere and its conceptual addressing (2020…)

It is notoriously difficult to observe or recognize what does not yet exist, and even more, the absence of what does not yet exist. However, what is blocking the development of the algorithmic medium—and with it, the advent of a new civilization—is precisely the absence of a universal, calculable system of semantic metadata. I would like to point out that the IEML metalanguage is the first, and to my knowledge (in 2016) the only, candidate for this new role of a system of semantic coordinates for data.
We already have a universal physical addressing system for data (the Web) and a universal physical addressing system for operators (the Internet). In its full deployment phase, the algorithmic medium will also include a universal semantic code: IEML. This system of metadata—conceived from the outset to optimize the calculability of meaning while multiplying its differentiation infinitely—will open the algorithmic medium to semantic interoperability and lead to new types of symbolic manipulation. Just as the Web made it possible to go from a great many actual databases to one universal virtual database (but based on a physical addressing system), IEML will make it possible to go from a universal physical addressing system to a universal conceptual addressing system. The semantic sphere continues the process of virtualization of containers to its final conclusion, because its semantic circuits—which are generated by an algebra—act as data containers. It will be possible to use the same conceptual addressing system in operations as varied as communication, translation, exploration, searching and three-dimensional display of semantic relationships.
Today’s data correspond to the phenomena of traditional science, and we need calculable, interoperable metadata that correspond to scientific theories and models. IEML is precisely an algorithmic tool for theorization and categorization capable of exploiting the calculating power of the cloud and providing an indispensable complement to the statistical tools for observing patterns. The situation of data analysis before and after IEML can be compared to that of cartography before and after the adoption of a universal system of geometric coordinates. The data that will be categorized in IEML will be able to be processed much more efficiently than today, because the categories and the semantic relationships between categories will then become not only calculable but automatically translatable from one language to another. In addition, IEML will permit comparison of the results of the analysis of the same set of data according to different categorization rules (theories!).

Algo-medium

FIGURE 1 – The four interdependent levels of the algorithmic medium

When this symbolic system for conceptual analysis and synthesis is democratically accessible to everyone, translated automatically into all languages and easily manipulated by means of a simple tablet, then it will be possible to navigate the ocean of data, and the algorithmic medium will be tested directly as a tool for cognitive augmentation—personal and social—and not only for dissemination. Then a positive feedback loop between the collective testing and creation of tools will lead to a take-off of the algorithmic intelligence of the future.
In Figure 1, the increasingly powerful levels of automatic calculation are represented by rectangles. Each level is based on the “lower” levels that precede it in order of historical emergence. Each level is therefore influenced by the lower levels. But, conversely, each new level gives the lower levels an additional socio-technical determination, since it uses them for a new purpose.
The addressing systems, which are represented under the rectangles, can be considered the successive solutions—influenced by different socio-technical contexts—to the perennial problem of increasing the power of automatic calculation. An addressing system thus plays the role of a step on a stairway that lets you go from one level of calculation to a higher level. The last addressing system, that of metadata, is supplied by IEML or any other system of encoding of linguistic meaning that makes that meaning calculable, exactly as the system of pixels made images manipulable by means of algorithms.

The cognitive revolution of semantic encoding

We know that the algorithmic medium is not only a medium of communication or dissemination of information but also, especially, a ubiquitous environment for the automatic transformation of symbols. We also know that a society’s capacities for analysis, synthesis and prediction are based ultimately on the structure of its memory, and in particular its system for encoding and organizing data. As we saw in the previous section, the only thing the algorithmic medium now in construction lacks to become the matrix of a new episteme that is more powerful than today’s, which has not yet broken its ties to the typographical era, is a system of semantic metadata that is equal to the calculating power of algorithms.

Memory, communication and intuition

It is now accepted that computers increase our memory capacities, in which I include not only capacities for recording and recall, but also those for analysis, synthesis and prediction. The algorithmic medium also increases our capacities for communication, in particular in terms of the breadth of the network of contacts and the reception, transmission and volume of flows of messages. Finally, the new medium increases our capacities for intuition, because it increases our sensory-motor interactions (especially gestural, tactile, visual and sound interactions) with large numbers of people, documents and environments, whether they are real, distant, simulated, fictional or mixed. These augmentations of memory, communication and intuition influence each other to produce an overall augmentation of our field of cognitive activity.
Semantic encoding, that is, the system of semantic metadata based on IEML, will greatly increase the field of augmented cognitive activity that I have described. It will produce a second level of cognitive complexity that will enter into dynamic relationship with the one described above to give rise to algorithmic intelligence. As we will see, semantic coding will generate a reflexivity of memory, a new perspectivism of intellectual intuition and an interoperability of communication.

Reflexive memory

The technical process of objectivation and augmentation of human memory began with the invention of writing and continued up to the development of the Web. But in speaking of reflexive memory, I go beyond Google and Wikipedia. In the future, the structure and evolution of our memory and the way we use it will become transparent and open to comparison and critical analysis. Indeed, communities will be able to observe—in the form of ecosystems of ideas—the evolution and current state of their cognitive activities and apply their capacities for analysis, synthesis and prediction to the social management of their knowledge and learning. At the same time, individuals will become capable of managing their personal knowledge and learning in relation to the various communities to which they belong. So much so that this reflexive memory will enable a new dialectic—a virtuous circle—of personal and collective knowledge management. The representation of memory in the form of ecosystems of ideas will allow individuals to make maximum use of the personal growth and cross-pollination brought about by their circulation among communities.

Perspectivist intellectual intuition

Semantic coding will give us a new sensory-motor intuition of the perspectivist nature of the information universe. Here we have to distinguish between the conceptual perspective and the contextual perspective.
The conceptual perspective organizes the relationships among terms, sentences and texts in IEML so that each of these semantic units can be processed as a point of view, or a virtual “centre” of the ecosystems of ideas, organizing the other units around it according to the types of relationships it has with them and their distance from it.
In IEML, the elementary units of meaning are terms, which are organized in the IEML dictionary (optimized for laptops + Chrome) in paradigms, that is, in systems of semantic relationships among terms. In the IEML dictionary, each term organizes the other terms of the same paradigm around it according to its semantic relationships with them. The different paradigms of the IEML dictionary are in principle independent of each other and none has precedence over the others a priori. Each of them can, in principle, be used to filter or categorize any set of data.
The sentences, texts and hypertexts in IEML represent paths between the terms of various paradigms, and these paths in turn organize the other paths around them according to their relationships and semantic proximity in the ecosystems of ideas. It will be possible to display this cascade of semantic perspectives and points of view using three-dimensional holograms in an immersive interactive mode.
Let us now examine the contextual perspective, which places in symmetry not the concepts within an ecosystem of ideas, but the ecosystems of ideas themselves, that is, the way in which various communities at different times categorize and evaluate data. It will thus be possible to display and explore the same set of data interactively according to the meaning and value it has for a large number of communities.
Reflexive memory, perspectivist intuition, interoperable and transparent communication together produce a cognitive augmentation characteristic of algorithmic intelligence, an augmentation more powerful than that of today.

Interoperable and transparent communication

The interoperability of communication will first concern the semantic compatibility of various theories, disciplines, universes of practices and cultures that will be able to be translated into IEML and will thus become not only comparable but also capable of exchanging concepts and operating rules without loss of their uniqueness. Semantic interoperability will also cover the automatic translation of IEML concepts into natural languages. Thanks to this pivot language, any semantic network in any natural language will be translated automatically into any other natural language. As a result, through the IEML code, people will be able to transmit and receive messages and categorize data in their own languages while communicating with people who use other languages. Here again, we need to think about cultural interoperability (communication in spite of differences in conceptual organization) and linguistic interoperability (communication in spite of differences in language) together; they will reinforce each other as a result of semantic coding.

We will first make a detour by the history of knowledge and communication in order to understand what are the current priorities in education.

THE EVOLUTION OF KNOWLEDGE

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The above slide describes the successive steps in the augmentation of symbolic manipulation. At each step in the history of symbolic manipulation, a new kind of knowledge unfolds. During the longest part of human history, the knowledge was only embedded in narratives, rituals and material tools.

The first revolution is the invention of writing with symbols endowed with the ability of self-conservation. This leads to a remarquable augmentation of social memory and to the emergence of new forms of knowledge. Ideas were reified on an external surface, which is an important condition for critical thinking. A new kind of systematic knowledge was developed: hermeneutics, astronomy, medicine, architecture (including geometry), etc.

The second revolution optimizes the manipulation of symbols like the invention of the alphabet (phenician, hebrew, greek, roman, arab, cyrilic, korean, etc.), the chinese rational ideographies, the indian numeration system by position with a zero, paper and the early printing techniques of China and Korea. The literate culture based on the alphabet (or rational ideographies) developed critical thinking further and gave birth to philosophy. At this stage, scholars attempted to deduce knowledge from observation and deduction from first principles. There was a deliberate effort to reach universality, particularly in mathematics, physics and cosmology.

The third revolution is the mecanization and the industrialization of the reproduction and diffusion of symbols, like the printing press, disks, movies, radio, TV, etc. This revolution supported the emergence of the modern world, with its nation states, industries and its experimental mathematized natural sciences. It was only in the typographic culture, from the 16th century, that natural sciences took the shape that we currently enjoy: systematic observation or experimentation and theories based on mathematical modeling. From the decomposition of theology and philosophy emerged the contemporary humanities and social sciences. But at this stage human science was still fragmented by disciplines and incompatible theories. Moreover, its theories were rarely mathematized or testable.

We are now at the beginning of a fourth revolution where an ubiquitous and interconnected infosphere is filled with symbols – i.e. data – of all kinds (music, voice, images, texts, programs, etc.) that are being automatically transformed. With the democratization of big data analysis, the next generations will see the advent of a new scientific revolution… but this time it will be in the humanities and social sciences. The new human science will be based on the wealth of data produced by human communities and a growing computation power. This will lead to reflexive collective intelligence, where people will appropriate (big) data analysis and where subjects and objects of knowledge will be the human communities themselves.

THE EVOLUTION OF EDUCATION

0-School-revol

We have seen that for each revolution in symbolic manipulation, there was some new developements of knowledge. The same can be said of learning methods and institutions. The school was invented by the scribes. At the beginning, it was a professional training for a caste of writing specialists: scribes and priests. Pedagogy was strict and repetitive. Our current primary school is reminiscent of this first learning institution.

Emerging in the literate culture, the liberal education was aimed at broader elites than the first scribal schools. Young people were trained in reading and interpreting the « classics ». They learned how to build rational argumentation and persuasive discourses.

In modern times, education became compulsory for every citizen of the nation state. Learning became industrialized and uniform through state programs and institutions.

At the time of the algorithmic medium, knowledge is evolving very fast, almost all learning resources are available for free and we interact in social media. This is the end of the old model of learning communities organizing themselves around a library or any physical knowledge repository. Current learning should be conceived as delocalized, life-long and collaborative. The whole society will get a learning dimension. But that does not mean that traditional learning institutions for young people are no longer relevant. Just the opposite, because young people should be prepared for collaborative learning in social media using a practically infinite knowledge repository without any transcending guiding authority. They will need not only technical skills (that will evolve and become obsolete very quickly) but above all moral and intellectual skills that will empower them in their life-long discovery travels.

DATA CURATION SKILLS AT THE CORE OF THE NEW LITERACY

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In the algorithmic medium, communication becomes a collaboration between peers to create, categorize, criticize, organize, read, promote and analyse data by the way of algorithmic tools. It is a stigmergic communication because, even if people dialogue and talk to each other, the main channel of communication is the common memory itself, a memory that everybody transforms and exploits. The above slide lists some examples of this new communication practices. Data curation skills are at the core of the new algorithmic literacy.

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I present in the above slide the fundamental intellectual and moral skills that every student will have to master in order to survive in the algorithmic culture. The slide is organized by three rows and three columns that work in an interdependant manner. As the reader can see, personal intelligence is not independant form collective intelligence and vice versa. Moreover, both of them need critical intelligence!

PERSONAL INTELLIGENCE

Attention management is not only about focusing or avoiding distraction. It is also about choosing what we want or need to learn and being able to select the relevant sources. We decide what is relevant or not according to our own priorities and our criteria for trust. By the way, people and institutions are the real sources to be trusted or not, not the platforms!

Interpretation. Even with the statistical tools of big data analysis, we will always need theories and causal hypothesis, and not only correlations. We want to understand something and act upon this understanding. Having intuitions and theories derived from our knowledge of a domain, we can use data analytics to test our hypothesis. Asking the right questions to the data is not trivial!

Memory management. The data that we gather must be managed at the material level: we must choose the right memory tool in the clouds. But the data must also be managed at the conceptual level: we have to create and maintain a useful categorisation system (tags, ontologies…) in order to retrieve and analyse easily the desired information.

CRITICAL INTELLIGENCE

External critique. There is no transcendant authority in the new communication space. If we don’t want to be fooled, we need to diversify our sources. This means that we will gather sources that have diverse theories and point of views. Then, we should act on this diversity by cross-examining the data and observe where they contradict and where they confirm each other.

Internal critique. In order to understand who is a source, we must identify its classification system, its categories and its narrative. In a way, the source is its narrative.

Pragmatic critique. In essence, the pragmatic critique is the most devastating because it is at this point that we compare the narrative of the source and what it is effectively doing. We can do this by checking the actions of one source as reported by other sources. We can also notice the contradictions in the source’s narratives or a discrepancy between its official narrative and the pragmatic effects of its discourses. A source cannot be trusted when it is not transparent about its references, agenda, finance, etc.

COLLECTIVE INTELLIGENCE

The collective intelligence that I am speaking about is not a miracle solution but a goal to reach. It emerges in the new algorithmic environment in interaction with personal and critical intelligence .

Stigmergic communication. Stigmergy means that people communicate by modifying a common memory. We should distinguish between the local and the global memory. In the local memory (particular communities or networks), we should pay attention to singular contexts and histories. We should also avoid ignorance of other’s contributions, non-relevant questions, trolling, etc.

Liberty. Liberty is a dialectic of power and responsability. Our power here is our ability to create, assess, organize, read and analyse data. Every act in the algorithmic medium re-organizes the common memory: reading, tagging, buying, posting, linking, liking, subscribing, etc. We create collaboratively our own common environment. So we need to take responsability of our actions.

Collaborative learning. This is the main goal of collective intelligence and data curation skills in general. People add explicit knowledge to the common memory. They express what they have learnt in particular contexts (tacit knowledge) into clear and decontextualized propositions, or narratives, or visuals, etc. They translate into common software or other easily accessible resources (explicit) the skills and knowledge that they have internalized in their personal reflexes through their experience (tacit). Symetrically, people try to apply whatever usefull resources they have found in the common memory (explicit) and to acquire or integrate it into their reflexes (tacit).

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The final slide above is a visual explicitation of the collaborative learning process. Peers working in a common field of practice use their personal intelligence (PI) to transform tacit knowledge into explicit knowledge. They also work in order to translate some common explicit knowledge into their own practical knowledge. In the algorithmic medium, the explicit knowledge takes the form of a common memory: data categorized and evaluated by the community. The whole process of transforming tacit knowledge into explicit knowledge and vice versa takes place largely in social media, thank to a civilized creative conversation. Intellectual and social (or moral) skills work together!

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Le concepteur

J’ai saisi dès la fin des années 1970 que la cognition était une activité sociale et outillée par des technologies intellectuelles. Il ne faisait déjà aucun doute pour moi que les algorithmes allaient transformer le monde. Et si je réfléchis au sens de mon activité de recherche depuis les trente dernières années, je réalise qu’elle a toujours été orientée vers la construction d’outils cognitifs à base d’algorithmes.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, la conception de systèmes experts et la mise au point d’une méthode pour l’ingénierie des connaissances m’ont fait découvrir la puissance du raisonnement automatique (J’en ai rendu compte dans De la programmation considérée comme un des beaux-arts, Paris, La Découverte, 1992). Les systèmes experts sont des logiciels qui représentent les connaissances d’un groupe de spécialistes sur un sujet restreint au moyen de règles appliquées à une base de données soigneusement structurée. J’ai constaté que cette formalisation des savoir-faire empiriques menait à une transformation de l’écologie cognitive des collectifs de travail, quelque chose comme un changement local de paradigme. J’ai aussi vérifié in situ que les systèmes à base de règles fonctionnaient en fait comme des outils de communication de l’expertise dans les organisations, menant ainsi à une intelligence collective plus efficace. J’ai enfin expérimenté les limites de la modélisation cognitive à base purement logique : elle ne débouchait alors, comme les ontologies d’aujourd’hui, que sur des micro-mondes de raisonnement cloisonnés. Le terme d’« intelligence artificielle », qui évoque des machines capables de décisions autonomes, était donc trompeur.

Je me suis ensuite consacré à la conception d’un outil de visualisation dynamique des modèles mentaux (Ce projet est expliqué dans L’Idéographie dynamique, vers une imagination artificielle, La Découverte, Paris, 1991). Cet essai m’a permis d’explorer la complexité sémiotique de la cognition en général et du langage en particulier. J’ai pu apprécier la puissance des outils de représentation de systèmes complexes pour augmenter la cognition. Mais j’ai aussi découvert à cette occasion les limites des modèles cognitifs non-génératifs, comme celui que j’avais conçu. Pour être vraiment utile, un outil d’augmentation intellectuelle devait être pleinement génératif, capable de simuler des processus cognitifs et de faire émerger de nouvelles connaissances.

Au début des années 1990 j’ai co-fondé une start up qui commercialisait un logiciel de gestion personnelle et collective des connaissances. J’ai été notamment impliqué dans l’invention du produit, puis dans la formation et le conseil de ses utilisateurs (Voir Les Arbres de connaissances, avec Michel Authier, La Découverte, Paris, 1992). Les Arbres de connaissances intégraient un système de représentation interactive des compétences et connaissances d’une communauté, ainsi qu’un système de communication favorisant l’échange et l’évaluation des savoirs. Contrairement aux outils de l’intelligence artificielle classique, celui-ci permettait à tous les utilisateurs d’enrichir librement la base de données commune. J’ai retenu de mon expérience dans cette entreprise la nécessité de représenter les contextes pragmatiques par des simulations immersives, dans lesquelles chaque ensemble de données sélectionné (personnes, connaissances, projets, etc.) réorganise l’espace autour de lui et génère automatiquement une représentation singulière du tout : un point de vue. Mais j’ai aussi rencontré lors de ce travail le défi de l’interopérabilité sémantique, qui allait retenir mon attention pendant les vingt-cinq années suivantes. En effet, mon expérience de constructeur d’outils et de consultant en technologies intellectuelles m’avait enseigné qu’il était impossible d’harmoniser la gestion personnelle et collective des connaissances à grande échelle sans langage commun. La publication de L’intelligence collective en 1994 traduisait en théorie ce que j’avais entrevu dans ma pratique : de nouveaux outils d’augmentation cognitive à support algorithmique allaient supporter des formes de collaboration intellectuelle inédites. Mais le potentiel des algorithmes ne serait pleinement exploité que grâce à un métalangage rassemblant les données numérisées dans le même système de coordonnées sémantique.

A partir du milieu des années 1990, pendant que je dévouais mon temps libre à concevoir ce système de coordonnées (qui ne s’appelait pas encore IEML), j’ai assisté au développement progressif du Web interactif et social. Le Web offrait pour la première fois une mémoire universelle accessible indépendamment de la localisation physique de ses supports et de ses lecteurs. La communication multimédia entre points du réseau était instantanée. Il suffisait de cliquer sur l’adresse d’une collection de données pour y accéder. Au concepteur d’outils cognitifs que j’étais, le Web apparaissait comme une opportunité à exploiter.

L’utilisateur

J’ai participé pendant près d’un quart de siècle à de multiples communautés virtuelles et médias sociaux, en particulier ceux qui outillaient la curation collaborative des données. Grâce aux plateformes de social bookmarking de Delicious et Diigo, j’ai pu expérimenter la mise en commun des mémoires personnelles pour former une mémoire collective, la catégorisation coopérative des données, les folksonomies émergeant de l’intelligence collective, les nuages de tags qui montrent le profil sémantique d’un ensemble de données. En participant à l’aventure de la plateforme Twine créée par Nova Spivack entre 2008 et 2010, j’ai mesuré les points forts de la gestion collective de données centrée sur les sujets plutôt que sur les personnes. Mais j’ai aussi touché du doigt l’inefficacité des ontologies du Web sémantique – utilisées entre autres par Twine – dans la curation collaborative de données. Les succès de Twitter et de son écosystème m’ont confirmé dans la puissance de la catégorisation collective des données, symbolisée par le hashtag, qui a finalement été adopté par tous les médias sociaux. J’ai rapidement compris que les tweets étaient des méta données contenant l’identité de l’auteur, un lien vers les données, une catégorisation par hashtag et quelques mots d’appréciation. Cette structure est fort prometteuse pour la gestion personnelle et collective des connaissances. Mais parce que Twitter est fait d’abord pour la circulation rapide de l’information, son potentiel pour une mémoire collective à long terme n’est pas suffisamment exploité. C’est pourquoi je me suis intéressé aux plateformes de curation de données plus orientées vers la mémoire à long terme comme Bitly, Scoop.it! et Trove. J’ai suivi sur divers forums le développement des moteurs de recherche sémantiques, des techniques de traitement du langage naturel et des big data analytics, sans y trouver les outils qui feraient franchir à l’intelligence collective un seuil décisif. Enfin, j’ai observé comment Google réunissait les données du Web dans une seule base et comment la firme de Mountain View exploitait la curation collective des internautes au moyen de ses algorithmes. En effet, les résultats du moteur de recherche sont basés sur les hyperliens que nous créons et donc sur notre collaboration involontaire. Partout dans les médias sociaux je voyais se développer la gestion collaborative et l’analyse statistique des données, mais à chaque pas je rencontrais l’opacité sémantique qui fragmentait l’intelligence collective et limitait son développement.

La future intelligence algorithmique reposera forcément sur la mémoire hypertextuelle universelle. Mais mon expérience de la curation collaborative de données me confirmait dans l’hypothèse que j’avais développée dès le début des années 1990, avant même le développement du Web. Tant que la sémantique ne serait pas transparente au calcul et interopérable, tant qu’un code universel n’aurait pas décloisonné les langues et les systèmes de classification, notre intelligence collective ne pourrait faire que des progrès limités.

Mon activité de veille et d’expérimentation a nourri mon activité de conception technique. Pendant les années où je construisais IEML, pas à pas, à force d’essais et d’erreurs, de versions, de réformes et de recommencements, je ne me suis jamais découragé. Mes observations me confirmaient tous les jours que nous avions besoin d’une sémantique calculable et interopérable. Il me fallait inventer l’outil de curation collaborative de données qui reflèterait nos intelligences collectives encore séparées et fragmentées. Je voyais se développer sous mes yeux l’activité humaine qui utiliserait ce nouvel outil. J’ai donc concentré mes efforts sur la conception d’une plateforme sémantique universelle où la curation de données serait automatiquement convertie en simulation de l’intelligence collective des curateurs.

Mon expérience de concepteur technique et de praticien a toujours précédé mes synthèses théoriques. Mais, d’un autre côté, la conception d’outils devait être associée à la connaissance la plus claire possible de la fonction à outiller. Comment augmenter la cognition sans savoir ce qu’elle est, sans connaître son fonctionnement ? Et puisque, dans le cas qui m’occupait, l’augmentation s’appuyait précisément sur un saut de réflexivité, comment aurais-je pu réfléchir, cartographier ou observer quelque chose dont je n’aurais eu aucun modèle ? Il me fallait donc établir une correspondance entre un outil interopérable de catégorisation des données et une théorie de la cognition. A suivre dans mon prochain livre: L’intelligence algorithmique

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Conférence à Science Po-Paris le 2 octobre 2014 à 17h 30

Voici ma présentation (PDF) : 2014-Master-Class

Texte introductif à la conférence


Réfléchir l’intelligence

Quels sont les enseignements de la philosophie sur l’augmentation de l’intelligence ? « Connais-toi toi-même » nous avertit Socrate à l’aurore de la philosophie grecque. Sous la multiplicité des traditions et des approches, en Orient comme en Occident, il existe un chemin universellement recommandé : pour l’intelligence humaine, la manière la plus sûre de progresser est d’atteindre un degré supérieur de réflexivité.

Or depuis le début du XXIe siècle, nous apprenons à nous servir d’automates de manipulation symbolique opérant dans un réseau ubiquitaire. Dans le médium algorithmique, nos intelligences personnelles s’interconnectent et fonctionnent en multiples intelligences collectives enchevêtrées. Puisque le nouveau médium abrite une part croissante de notre mémoire et de nos communications, ne pourrait-il pas fonctionner comme un miroir scientifique de nos intelligences collectives ? Rien ne s’oppose à ce que le médium algorithmique supporte bientôt une vision d’ensemble objectivable et mesurable du fonctionnement de nos intelligences collectives et de la manière dont chacun de nous y participe. Dès lors, un méta-niveau d’apprentissage collectif aura été atteint.

En effet, des problèmes d’une échelle de complexité supérieure à tous ceux que l’humanité a été capable de résoudre dans le passé se posent à nous. La gestion collective de la biosphère, le renouvellement des ressources énergétiques, l’aménagement du réseau de mégapoles où nous vivons désormais, les questions afférentes au développement humain (prospérité, éducation, santé, droits humains), vont se poser avec une acuité croissante dans les décennies et les siècles qui viennent. La densité, la complexité et le rythme croissant de nos interactions exigent de nouvelles formes de coordination intellectuelle. C’est pourquoi j’ai cherché toute ma vie la meilleure manière d’utiliser le médium algorithmique afin d’augmenter notre intelligence. Quelques titres parmi les ouvrages que j’ai publié témoignent de cette quête : La Sphère sémantique. Computation, cognition, économie de l’information (2011) ; Qu’est-ce que le virtuel ? (1995) ; L’Intelligence collective (1994) ; De la Programmation considérée comme un des beaux-arts (1992) ; Les Arbres de connaissances (1992) ; L’Idéographie dynamique (1991) ; Les Technologies de l’intelligence (1990) ; La Machine univers. Création, cognition et culture informatique (1987)… Après avoir obtenu ma Chaire de Recherche du Canada en Intelligence Collective à l’Université d’Ottawa en 2002, j’ai pu me consacrer presque exclusivement à une méditation philosophique et scientifique sur la meilleure manière de réfléchir l’intelligence collective avec les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui, méditation dont j’ai commencé à rendre compte dans La Sphère Sémantique et que j’approfondirai dans L’intelligence algorithmique (à paraître).

Élaboration d’un programme de recherche

Les grands sauts évolutifs ou, si l’on préfère, les nouveaux espaces de formes, sont générés par de nouveaux systèmes de codage. Le codage atomique génère les formes moléculaires, le codage génétique engendre les formes biologiques, le codage neuronal simule les formes phénoménales. Le codage symbolique enfin, propre à l’humanité, libère l’intelligence réflexive et la culture.

Je retrouve dans l’évolution culturelle la même structure que dans l’évolution cosmique : ce sont les progrès du codage symbolique qui commandent l’agrandissement de l’intelligence humaine. En effet, notre intelligence repose toujours sur une mémoire, c’est-à-dire un ensemble d’idées enregistrées, conceptualisées et symbolisées. Elle classe, retrouve et analyse ce qu’elle a retenu en manipulant des symboles. Par conséquent, la prise de l’intelligence sur les données, ainsi que la quantité et la qualité des informations qu’elle peut en extraire, dépendent au premier chef des systèmes symboliques qu’elle utilise. Lorsqu’avec l’invention de l’écriture les symboles sont devenus auto-conservateurs, la mémoire s’est accrue, réorganisée, et un nouveau type d’intelligence est apparu, relevant d’une épistémè scribale, comme celle de l’Egypte pharaonique, de l’ancienne Mésopotamie ou de la Chine pré-confucéenne. Quand le médium écrit s’est perfectionné avec le papier, l’alphabet et la notation des nombres par position, alors la mémoire et la manipulation symbolique ont crû en puissance et l’épistémè lettrée s’est développée dans les empires grec, chinois, romain, arabe, etc. La reproduction et la diffusion automatique des symboles, de l’imprimerie aux médias électroniques, a multiplié la disponibilité des données et accéléré l’échange des idées. Née de cette mutation, l’intelligence typographique a édifié le monde moderne, son industrie, ses sciences expérimentales de la nature, ses états-nations et ses idéologies inconnues des époques précédentes. Ainsi, suivant la puissance des outils symboliques manipulés, la mémoire et l’intelligence collective évoluent, traversant des épistémès successives.

Evolution medias

La relation entre l’ouverture d’un nouvel espace de formes et l’invention d’un système de codage se confirme encore dans l’histoire des sciences. Et puisque je suis à la recherche d’une augmentation de la connaissance réflexive, la science moderne me donne justement l’exemple d’une communauté qui réfléchit sur ses propres opérations intellectuelles et qui se pose explicitement le problème de préciser l’usage qu’elle fait de ses outils symboliques. La plupart des grandes percées de la science moderne ont été réalisées par l’unification d’une prolifération de formes disparates au moyen d’un coup de filet algébrique. En physique, le premier pas est accompli par Galilée (1564-1642), Descartes (1596-1650), Newton (1643-1727) et Leibniz (1646-1716). A la place du cosmos clos et cloisonné de la vulgate aristotélicienne qu’ils ont reçu du Moyen-Age, les fondateurs de la science moderne édifient un univers homogène, rassemblé dans l’espace de la géométrie euclidienne et dont les mouvements obéissent au calcul infinitésimal. De même, le monde des ondes électromagnétiques est-il mathématiquement unifié par Maxwell (1831-1879), celui de la chaleur, des atomes et des probabilités statistiques par Boltzmann (1844-1906). Einstein (1869-1955) parvient à unifier la matière-espace-temps en un même modèle algébrique. De Lavoisier (1743-1794) à Mendeleïev (1834, 1907), la chimie émerge de l’alchimie par la rationalisation de sa nomenclature et la découverte de lois de conservation, jusqu’à parvenir au fameux tableau périodique où une centaine d’éléments atomiques sont arrangés selon un modèle unificateur qui explique et prévoit leurs propriétés. En découvrant un code génétique identique pour toutes les formes de vie, Crick (1916-2004) et Watson (1928-) ouvrent la voie à la biologie moléculaire.

Enfin, les mathématiques n’ont-elles pas progressé par la découverte de nouvelles manières de coder les problèmes et les solutions ? Chaque avancée dans le niveau d’abstraction du codage symbolique ouvre un nouveau champ à la résolution de problèmes. Ce qui apparaissait antérieurement comme une multitude d’énigmes disparates se résout alors selon des procédures uniformes et simplifiées. Il en est ainsi de la création de la géométrie démonstrative par les Grecs (entre le Ve et le IIe siècle avant l’ère commune) et de la formalisation du raisonnement logique par Aristote (384-322 avant l’ère commune). La même remontée en amont vers la généralité s’est produite avec la création de la géométrie algébrique par Descartes (1596-1650), puis par la découverte et la formalisation progressive de la notion de fonction. Au tournant des XIXe et XXe siècles, à l’époque de Cantor (1845-1918), de Poincaré (1854-1912) et de Hilbert (1862-1943), l’axiomatisation des théories mathématiques est contemporaine de la floraison de la théorie des ensembles, des structures algébriques et de la topologie.

Mon Odyssée encyclopédique m’a enseigné cette loi méta-évolutive : les sauts intellectuels vers des niveaux de complexité supérieurs s’appuient sur de nouveaux systèmes de codage. J’en viens donc à me poser la question suivante. Quel nouveau système de codage fera du médium algorithmique un miroir scientifique de notre intelligence collective ? Or ce médium se compose justement d’un empilement de systèmes de codage : codage binaire des nombres, codage numérique de caractères d’écriture, de sons et d’images, codage des adresses des informations dans les disques durs, des ordinateurs dans le réseau, des données sur le Web… La mémoire mondiale est déjà techniquement unifiée par tous ces systèmes de codage. Mais elle est encore fragmentée sur un plan sémantique. Il manque donc un nouveau système de codage qui rende la sémantique aussi calculable que les nombres, les sons et les images : un système de codage qui adresse uniformément les concepts, quelles que soient les langues naturelles dans lesquelles ils sont exprimés.

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En somme, si nous voulons atteindre une intelligence collective réflexive dans le médium algorithmique, il nous faut unifier la mémoire numérique par un code sémantique interopérable, qui décloisonne les langues, les cultures et les disciplines.

Tour d’horizon techno-scientifique

Désormais en possession de mon programme de recherche, il me faut évaluer l’avancée du médium algorithmique contemporain vers l’intelligence collective réflexive : nous n’en sommes pas si loin… Entre réalité augmentée et mondes virtuels, nous communiquons dans un réseau électronique massivement distribué qui s’étend sur la planète à vitesse accélérée. Des usagers par milliards échangent des messages, commandent des traitements de données et accèdent à toutes sortes d’informations au moyen d’une tablette légère ou d’un téléphone intelligent. Objets fixes ou mobiles, véhicules et personnes géo-localisés signalent leur position et cartographient automatiquement leur environnement. Tous émettent et reçoivent des flots d’information, tous font appel à la puissance du cloud computing. Des efforts de Douglas Engelbart à ceux de Steve Jobs, le calcul électronique dans toute sa complexité a été mis à la portée de la sensori-motricité humaine ordinaire. Par l’invention du Web, Sir Tim Berners-Lee a rassemblé l’ensemble des données dans une mémoire adressée par le même système d’URL. Du texte statique sur papier, nous sommes passé à l’hypertexte ubiquitaire. L’entreprise de rédaction et d’édition collective de Wikipedia, ainsi qu’une multitude d’autres initiatives ouvertes et collaboratives ont mis gratuitement à la portée de tous un savoir encyclopédique, des données ouvertes réutilisables et une foule d’outils logiciels libres. Des premiers newsgroups à Facebook et Twitter, une nouvelle forme de sociabilité par le réseau s’est imposée, à laquelle participent désormais l’ensemble des populations. Les blogs ont mis la publication à la portée de tous. Tout cela étant désormais acquis, notre intelligence doit maintenant franchir le pas décisif qui lui permettra de maîtriser un niveau supérieur de complexité cognitive.

Du côté de la Silicon Valley, on cherche des réponses de plus en plus fines aux désirs des utilisateurs, et cela d’autant mieux que les big data analytics offrent les moyens d’en tracer le portrait fidèle. Mais il me semble peu probable que l’amélioration incrémentale des services rendus par les grandes entreprises du Web, même guidée par une bonne stratégie marketing, nous mène spontanément à l’unification sémantique de la mémoire numérique. L’entreprise non commerciale du « Web sémantique » promeut d’utiles standards de fichier (XML, RDF) et des langages de programmation ouverts (comme OWL), mais ses nombreuses ontologies sont hétéroclites et elle a échoué à résoudre le problème de l’interopérabilité sémantique. Parmi les projets les plus avancés d’intelligence computationnelle, aucun ne vise explicitement la création d’une nouvelle génération d’outils symboliques. Certains nourrissent même la chimère d’ordinateurs conscients devenant autonomes et prenant le pouvoir sur la planète avec la complicité de cyborgs post-humain…

La lumière viendra-t-elle des recherches académiques sur l’intelligence collective et le knowledge management ? Depuis les travaux pionniers de Nonaka à la fin du XXe siècle, nous savons qu’une saine gestion des connaissances suppose l’explicitation et la communication des savoirs implicites. L’expérience des médias sociaux nous a enseigné la nécessité d’associer étroitement gestion sociale et gestion personnelle des connaissances. Or, dans les faits, la gestion des connaissances par les médias sociaux passe nécessairement par la curation distribuée d’une énorme quantité de données. C’est pourquoi, on ne pourra coordonner le travail de curation collective et exploiter efficacement les données qu’au moyen d’un codage sémantique commun. Mais personne ne propose de solution au problème de l’interopérabilité sémantique.

Le secours nous viendra-t-il des sciences humaines, par l’intermédiaire des fameuses digital humanities ? L’effort pour éditer et mettre en libre accès les corpus, pour traiter et visualiser les données avec les outils des big data et pour organiser les communautés de chercheurs autour de ce traitement est méritoire. Je souscris sans réserve à l’orientation vers le libre et l’open. Mais je ne discerne pour l’instant aucun travail de fond pour résoudre les immenses problèmes de fragmentation disciplinaire, de testabilité des hypothèses et d’hyper-localité théorique qui empêchent les sciences humaines d’émerger de leur moyen-âge épistémologique. Ici encore, nulle théorie de la cognition, ni de la cognition sociale, permettant de coordonner l’ensemble des recherches, pas de système de catégorisation sémantique inter-opérable en vue et peu d’entreprises pratiques pour remettre l’interrogation scientifique sur l’humain entre les mains des communautés elles-mêmes. Quant à diriger l’évolution technique selon les besoins de sciences humaines renouvelées, la question ne semble même pas se poser. Il ne reste finalement que la posture critique, comme celle que manifestent, par exemple, Evgeny Morozov aux Etats-Unis et d’autres en Europe ou ailleurs. Mais si les dénonciations de l’avidité des grandes compagnies de la Silicon Valley et du caractère simpliste, voire dérisoire, des conceptions politiques, sociales et culturelles des chantres béats de l’algorithme touchent souvent juste, on chercherait en vain du côté des dénonciateurs le moindre début de proposition concrète.

En conclusion, je ne discerne autour de moi aucun plan sérieux propre à mettre la puissance computationnelle et les torrents de données du médium algorithmique au service d’une nouvelle forme d’intelligence réflexive. Ma conviction, je la puise dans une longue étude du problème à résoudre. Quant à ma solitude provisoire en 2014, au moment où j’écris ces lignes, je me l’explique par le fait que personne n’a consacré plus de quinze ans à temps plein pour résoudre le problème de l’interopérabilité sémantique. Je m’en console en observant l’exemple admirable de Douglas Engelbart. Ce visionnaire a inventé les interfaces sensori-motrices et les logiciels collaboratifs à une époque où toutes les subventions allaient à l’intelligence artificielle. Ce n’est que bien des années après qu’il ait exposé sa vision de l’avenir dans les années 1960 qu’il fut suivi par l’industrie et la masse des utilisateurs à partir de la fin des années 1980. Sa vision n’était pas seulement technique. Il a appelé à franchir un seuil décisif d’augmentation de l’intelligence collective afin de relever les défis de plus en plus pressants qui se posent, encore aujourd’hui, à notre espèce. Je poursuis son travail. Après avoir commencé à dompter le calcul automatique par nos interactions sensori-motrices avec des hypertextes, il nous faut maintenant explicitement utiliser le médium algorithmique comme une extension cognitive. Mes recherches m’ont affermi dans la conviction que nulle solution technique ignorante de la complexité de la cognition humaine ne nous mènera à bon port. Nous ne pourrons obtenir une intelligence agrandie qu’avec une claire théorie de la cognition et une profonde compréhension des ressorts de la mutation anthropologique à venir. Enfin, sur un plan technique, le rassemblement de la sagesse collective de l’humanité nécessite une unification sémantique de sa mémoire. C’est en respectant toutes ces exigences que j’ai conçu et construit IEML, outil commun d’une nouvelle puissance intellectuelle, origine d’une révolution scientifique.

Les ressorts d’une révolution scientifique

La mise en oeuvre de mon programme de recherche ne sera pas moins complexe ou ambitieuse que d’autres grands projets scientifiques et techniques, comme ceux qui nous ont mené à marcher sur la Lune ou à déchiffrer le génome humain. Cette grande entreprise va mobiliser de vastes réseaux de chercheurs en sciences humaines, en linguistique et en informatique. J’ai déjà réuni un petit groupe d’ingénieurs et de traducteurs dans ma Chaire de Recherche de l’Université d’Ottawa. Avec les moyens d’un laboratoire universitaire en sciences humaines, j’ai trouvé le code que je cherchais et j’ai prévu de quelle manière son utilisation allait mener à une intelligence collective réflexive.

J’étais bien résolu à ne pas me laisser prendre au piège qui consisterait à aménager superficiellement quelque système symbolique de l’épistémè typographique pour l’adapter au nouveau médium, à l’instar des premiers wagons de chemin de fer qui ressemblaient à des diligences. Au contraire, j’étais persuadé que nous ne pourrions passer à une nouvelle épistémè qu’au moyen d’un système symbolique conçu dès l’origine pour unifier et exploiter la puissance du médium algorithmique.

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Voici en résumé les principales étapes de mon raisonnement. Premièrement, comment pourrais-je augmenter effectivement l’intelligence collective sans en avoir de connaissance scientifique ? C’est donc une science de l’intelligence collective qu’il me faut. Je fais alors un pas de plus dans la recherche des conditions. Une science de l’intelligence collective suppose nécessairement une science de la cognition en général, car la dimension collective n’est qu’un aspect de la cognition humaine. J’ai donc besoin d’une science de la cognition. Mais comment modéliser rigoureusement la cognition humaine, sa culture et ses idées, sans modéliser au préalable le langage qui en est une composante capitale ? Puisque l’humain est un animal parlant – c’est-à-dire un spécialiste de la manipulation symbolique – un modèle scientifique de la cognition doit nécessairement contenir un modèle du langage. Enfin, dernier coup de pioche avant d’atteindre le roc : une science du langage ne nécessite-t-elle pas un langage scientifique ? En effet, vouloir une science computationnelle du langage sans disposer d’une langue mathématique revient à prétendre mesurer des longueurs sans unités ni instruments. Or je ne dispose avant d’avoir construit IEML que d’une modélisation algébrique de la syntaxe : la théorie chomskienne et ses variantes ne s’étendent pas jusqu’à la sémantique. La linguistique me donne des descriptions précises des langues naturelles dans tous leurs aspects, y compris sémantiques, mais elle ne me fournit pas de modèles algébriques universels. Je comprends donc l’origine des difficultés de la traduction automatique, des années 1950 jusqu’à nos jours.

Parce que le métalangage IEML fournit un codage algébrique de la sémantique il autorise une modélisation mathématique du langage et de la cognition, il ouvre en fin de compte à notre intelligence collective l’immense bénéfice de la réflexivité.

IEML, outil symbolique de la nouvelle épistémè

Si je dois contribuer à augmenter l’intelligence humaine, notre intelligence, il me faut d’abord comprendre ses conditions de fonctionnement. Pour synthétiser en quelques mots ce que m’ont enseigné de nombreuses années de recherches, l’intelligence dépend avant tout de la manipulation symbolique. De même que nos mains contrôlent des outils qui augmentent notre puissance matérielle, c’est grâce à sa capacité de manipulation de symboles que notre cognition atteint à l’intelligence réflexive. L’organisme humain a partout la même structure, mais son emprise sur son environnement physico-biologique varie en fonction des techniques mises en oeuvre. De la même manière, la cognition possède une structure fonctionnelle invariable, innée aux êtres humains, mais elle manie des outils symboliques dont la puissance augmente au rythme de leur évolution : écriture, imprimerie, médias électroniques, ordinateurs… L’intelligence commande ses outils symboliques par l’intermédiaire de ses idées et de ses concepts, comme la tête commande aux outils matériels par l’intermédiaire du bras et de la main. Quant aux symboles, ils fournissent leur puissance aux processus intellectuels. La force et la subtilité conférée par les symboles à la conceptualisation se répercute sur les idées et, de là, sur la communication et la mémoire pour soutenir, en fin de compte, les capacités de l’intelligence.

J’ai donc construit le nouvel outil de telle sorte qu’il tire le maximum de la nouvelle puissance offerte par le médium algorithmique global. IEML n’est ni un système de classification, ni une ontologie, ni même une super-ontologie universelle, mais une langue. Comme toute langue, IEML noue une syntaxe, une sémantique et une pragmatique. Mais c’est une langue artificielle : sa syntaxe est calculable, sa sémantique traduit les langues naturelles et sa pragmatique programme des écosystèmes d’idées. La syntaxe, la sémantique et la pragmatique d’IEML fonctionnent de manière interdépendante. Du point de vue syntaxique, l’algèbre d’IEML commande une topologie des relations. De ce fait, les connexions linguistiques entre textes et hypertextes dynamiques se calculent automatiquement. Du point de vue sémantique, un code – c’est-à-dire un système d’écriture, une grammaire et un dictionnaire multilingue – donne sens à l’algèbre. Il en résulte que chacune des variables de l’algèbre devient un noeud d’inter-traduction entre langues naturelles. Les utilisateurs peuvent alors communiquer en IEML tout en utilisant la – ou les – langues naturelles de leur choix. Du point de vue pragmatique enfin, IEML commande la simulation d’écosystèmes d’idées. Les données catégorisées en IEML s’organisent automatiquement en hypertextes dynamiques, explorables et auto-explicatifs. IEML fonctionne donc en pratique comme un outil de programmation distribuée d’une simulation cognitive globale.

Le futur algorithmique de l’intelligence

Lorsqu’elle aura pris en main ce nouvel outil symbolique, notre espèce laissera derrière elle une épistémè typographique assimilée et assumée pour entrer dans le vaste champ de l’intelligence algorithmique. Une nouvelle mémoire accueillera des torrents de données en provenance de milliards de sources et transformera automatiquement le déluge d’information en hypertextes dynamiques auto-organisateurs. Alors que Wikipedia conserve un système de catégorisation hérité de l’épistémè typographique, une bibliothèque encyclopédique perspectiviste s’ouvrira à tous les systèmes de classification possibles. En s’auto-organisant en fonction des points de vue adoptés par leurs explorateurs, les données catégorisées en IEML reflèteront le fonctionnement multi-polaire de l’intelligence collective.

Les relations entre hypertextes dynamiques vont se projeter dans une fiction calculée multi-sensorielle explorable en trois dimensions. Mais c’est une réalité cognitive que les nouveaux mondes virtuels vont simuler. Leur spatio-temporalité sera donc bien différente de celle du monde matériel puisque c’est ici la forme de l’intelligence, et non celle de la réalité physique ordinaire, qui va se laisser explorer par la sensori-motricité humaine.

De la curation collaborative de données émergera de nouveaux types de jeux intellectuels et sociaux. Des collectifs d’apprentissage, de production et d’action communiqueront sur un mode stigmergique en sculptant leur mémoire commune. Les joueurs construiront ainsi leurs identités individuelles et collectives. Leurs tendances émotionnelles et les directions de leurs attentions se reflèteront dans les fluctuations et les cycles de la mémoire commune.

A partir de nouvelles méthodes de mesure et de comptabilité sémantique basés sur IEML, l’ouverture et la transparence des processus de production de connaissance vont connaître un nouvel essor. Les études de la cognition et de la conscience disposeront non seulement d’une nouvelle théorie, mais aussi d’un nouvel instrument d’observation, d’analyse et de simulation. Il deviendra possible d’accumuler et de partager l’expertise sur la culture des écosystèmes d’idées. Nous allons commencer à nous interroger sur l’équilibre, l’interdépendance, la fécondité croisée de ces écosystèmes d’idées. Quels services rendent-ils aux communautés qui les produisent ? Quels sont leurs effets sur le développement humain ?

Le grand projet d’union des intelligences auquel je convie ne sera le fruit d’aucune conquête militaire, ni de la victoire sur les esprits d’une idéologie politique ou religieuse. Elle résultera d’une révolution cognitive à fondement techno-scientifique. Loin de tout esprit de table rase radicale, la nouvelle épistémè conservera les concepts des épistémè antérieures. Mais ce legs du passé sera repris dans un nouveau contexte, plus vaste, et par une intelligence plus puissante.

[Image en tête de l’article: “Le Miroir” de Paul Delvaux, 1936]