Bricologie & Sérendipité

Nous avons à résoudre des problèmes complexes au sens d’Edgar Morin : énergie, alimentation, dérèglement climatique, etc, que nous retrouvons “imbriqués” dans le domaine des transports. Individuellement, de nombreuses personnes perçoivent les enjeux et ont identifié des solutions. Mais collectivement les organisations, dans lesquelles ils évoluent, restent bloquées dans des processus et des schémas de décision, sans réelle capacité à évoluer et se transformer à la hauteur. Une des pistes pour expliquer ce paradoxe se trouve dans les mécanismes de l’intelligence collective.

L’intelligence collective est une propriété du vivant qui se manifeste quand plusieurs personnes interagissent avec un objectif commun : trouver une solution, développer un produit, réaliser une oeuvre ou une activité sportive. Un groupe de musique, une équipe de foot ou un service d’une entreprise mettent en oeuvre des actions coordonnées différentes en fonction de leur intelligence collective avec plus ou moins de réussite.

En effet, cette dernière…

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“Au pays de Numérix” d’Alexandre Moatti date de 2015, mais il est plus que jamais d’actualité, au moment où Mounir Mahjoubi vient d’être nommé secrétaire d’état au numérique du gouvernement Edouard Philippe. Beaucoup de gens attendent du nouveau président de la République française, jeune et réputé moderniste, un “cours nouveau” en matière de numérique en France. On ne saurait trop recommander la lecture de ce livre à son entourage.

Sur la forme c’est un ouvrage court, facile à lire, qui cultive un ton mesuré et rationnel. Il évoque le plus souvent des sujets que l’auteur connaît de première main, ce qui ne gâte rien. Franchement partisan des usages cognitifs du réseau et de “l’Internet de la connaissance” l’auteur a lui même oeuvré dans le domaine des bibliothèques numériques, a créé plusieurs sites web de type savant et participe de manière active à Wikipedia en français. Même s’il ne cite pas explicitement ces philosophes, on le sent opposé aux diatribes anti-GAFA – Google Apple Facebook Amazon – hystériques de Bernard Stiegler ou Eric Sadin, tout comme aux jugements négatifs à l’emporte pièce d’Alain Finkelkraut sur Internet. Mais il prend soin également de signaler certains aspects négatifs ou fâcheux de l’internet contemporain et de se distinguer du transhumanisme apocalyptique d’un Raymond Kurzweil ou du lyrisme a-critique d’un Pierre Lévy…

Une bonne partie de l’ouvrage est consacré aux réponses françaises et européennes au projet de Google Books autour de 2005. A l’origine, Google voulait utiliser ses centres de calcul et son algorithme de recherche pour construire une bibliothèque d’Alexandrie des temps modernes : tous les livres à disposition de tout le monde sur Internet! La France et l’Europe se devaient de relever le défi américain. Mais l’auteur montre que leurs réponses obéissent à des “effets de manche”, à des logiques d’annonce ou de communication politiques, à des stratégies de pouvoir et de captation de fonds publics par diverses institutions pour aboutir en fin de compte à d’infimes résultats concrets. Je note de mon côté que même si Google Books existe et rend des services (gratuits) au public et aux chercheurs, le projet initial est venu se fracasser sur la législation des droits d’auteurs, comme l’explique bien ce récent article de Wired. Tout cela permet de comprendre le succès d’entreprises illégales mais populaires comme la bibliothèque Genesis.

Au pays de Numérix, il y a beaucoup d’idéologie anti-américaine et anti-capitaliste… mais l’auteur montre que l’état – balkanisé par des baronnies ministérielles et institutionnelles en concurrence – travaille en fait au service d’intérêts sectoriels ou privés au lieu de mettre les capacités techniques de la France et l’argent du contribuable au service du public. Le bilan est accablant: projet après projet, les leçons des échecs ne sont jamais tirées et les mêmes erreurs sont répétées. Comme si, face à la domination de la Silicon Valley, il suffisait de s’indigner et de jeter des millions d’euros par la fenêtre pour que l’Europe ou la France (re)trouvent leur place dans le monde.

Au delà des divers projets de bibliothèques numériques européennes, Alexandre Moatti montre comment sont bloquées la collaboration des savants, la diffusion des connaissances et le rayonnement de la haute culture sur Internet. Trois coupables travaillent de conserve: la législation contemporaine des droits d’auteurs, d’ineptes politiques publiques et la rapacité des grandes maisons européennes de l’édition scientifique (Elsiever, Springer). Les arguments – de bon sens – mis en avant par Moatti ne sont pas nouveaux. Ils reprennent largement les idées du mouvement international de l’open data en général et de l’open science en particulier. Mais le réquisitoire est fort bien articulé. Il rejoint d’ailleurs les réflexions contemporaines autour de la nécessaire réinvention de l’édition scientifique (voir par exemple le récent article de Marcello Vitali-Rosati).

En refermant l’ouvrage, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, même s’il se trouvait à la tête de l’état français des gens conscients de l’importance capitale de l’internet au service de la connaissance et désireux de réformer les mauvaises habitudes de l’administration à cet égard, leur action ne serait pas forcément couronnée de succès. Car il faudrait faire évoluer les mentalités en profondeur, convaincre les enseignants, les journalistes, les hauts fonctionnaires. Il faudrait que la société dans son ensemble réalise que la grande transformation du numérique n’est pas seulement technique ou industrielle, mais concerne aussi et surtout le savoir et la culture. Il faudrait s’aviser que la civilisation du futur est à inventer et que cela ne se fait pas à coup de peur et de ressentiment, mais de courage, d’imagination et d’expérimentation.

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L’accès du grand public à la puissance de diffusion du Web ainsi que les flots de données numériques qui coulent désormais de toutes les activités humaines nous confrontent au problème suivant : comment transformer les torrents de données en fleuves de connaissances ? Certains observateurs enthousiastes du traitement statistique des « big data », comme Chris Anderson, (l’ancien rédacteur en chef de Wired), se sont empressés de déclarer que les théories scientifiques – en général! – étaient désormais obsolètes [Voir : de Chris Anderson « The End of Theory: The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete », Wired, 23 juin 2008.] Nous n’aurions plus besoin que de mégadonnées et d’algorithmes statistiques opérant dans les centres de calcul : les théories – et donc les hypothèses qu’elles proposent et la réflexion dont elles sont issues – appartiendraient à une étape révolue de la méthode scientifique. Il paraît que les nombres parlent d’eux-mêmes. Mais c’est évidemment oublier qu’il faut, préalablement à tout calcul, déterminer les données pertinentes, savoir exactement ce que l’on compte, et nommer – c’est-à-dire catégoriser – les patterns émergents. De plus, aucune corrélation statistique ne livre directement des relations causales. Celles-ci relèvent nécessairement d’hypothèses qui expliquent les corrélations mises en évidence par les calculs statistiques. Sous couvert de pensée révolutionnaire, Chris Anderson et ses émules ressuscitent la vieille épistémologie positiviste et empiriste en vogue au XIXe siècle selon laquelle seuls les raisonnements inductifs (c’est-à-dire uniquement basés sur les données) sont scientifiques. Cette position revient à refouler ou à passer sous silence les théories – et donc les hypothèses risquées fondées sur une pensée personnelle – qui sont nécessairement à l’oeuvre dans n’importe quel processus d’analyse de données et qui se manifestent par des décisions de sélection, d’identification et de catégorisation. On ne peut initier un traitement statistique et interpréter ses résultats sans aucune théorie. Le seul choix que nous ayons est de laisser les théories à l’état tacite ou de les expliciter. Expliciter une théorie permet de la relativiser, de la comparer avec d’autres théories, de la partager, de la généraliser, de la critiquer et de l’améliorer [Parmi la très abondante littérature sur le sujet, voir notamment les ouvrages de deux grands épistémologues du XXe siècle, Karl Popper et Michael Polanyi]. Cela constitue même une des principales composantes de ce qu’il est convenu d’appeler « la pensée critique », que l’éducation secondaire et universitaire est censée développer chez les étudiants.

Outre l’observation empirique, la connaissance scientifique a toujours eu à voir avec le souci de la catégorisation et de la description correcte des données phénoménales, description qui obéit nécessairement à des théories plus ou moins formalisées. En décrivant des relations fonctionnelles entre des variables, la théorie offre une prise conceptuelle sur le monde phénoménal qui permet (au moins partiellement) de le prévoir et de le maîtriser. Les données d’aujourd’hui correspondent à ce que l’épistémologie des siècles passés appelait les phénomènes. Pour continuer de filer cette métaphore, les algorithmes d’analyse de flots de données correspondent aux instruments d’observation de la science classique. Ces algorithmes nous montrent des patterns, c’est-à-dire en fin de compte des images. Mais ce n’est pas parce que nous sommes capables d’exploiter la puissance du médium algorithmique pour « observer » les données qu’il faut s’arrêter en si bon chemin. Nous devons maintenant nous appuyer sur la puissance de calcul de l’Internet pour « théoriser » (catégoriser, modéliser, expliquer, partager, discuter) nos observations, sans oublier de remettre cette théorisation entre les mains d’une intelligence collective foisonnante.

Tout en soulignant la distinction entre corrélation et causalité dans leur livre de 2013 sur les big data, Viktor Mayer-Schonberger  et Kenneth Cukier annoncent que nous nous intéresserons de plus en plus aux corrélations et de moins en moins à la causalité, ce qui les range dans le camp des empiristes. Leur livre fournit néanmoins un excellent argument contre le positivisme statistique. Ils racontent dans leur ouvrage la très belle histoire de Matthew Maury, un officier de marine américain qui, vers le milieu du XIXe siècle, agrégea les données des livres de navigation figurant dans les archives officielles pour établir des cartes fiables des vents et des courants [In Big Data: A Revolution… (déjà cité) p. 73-77]. Certes, ces cartes ont été construites à partir d’une accumulation de données empiriques. Mais je fais respectueusement remarquer à Cukier et Mayer-Schonberger qu’une telle accumulation n’aurait jamais pu être utile, ou même simplement faisable, sans le système de coordonnées géographique des méridiens et des parallèles… qui est tout sauf empirique et basé sur des données. De la même manière, ce n’est qu’en adoptant un système de coordonnées sémantique que nous pourrons organiser et partager les flots de données de manière utile.

Aujourd’hui, la plupart des algorithmes qui gèrent l’acheminement des recommandations et la fouille des données sont opaques, puisqu’ils sont protégés par le secret commercial des grandes compagnies du Web. Quant aux algorithmes d’analyse ils sont, pour la plupart, non seulement opaques mais aussi hors d’atteinte de la majorité des internautes pour des raisons à la fois techniques et économiques. Or il est impossible de produire de la connaissance fiable au moyen de méthodes secrètes. Bien plus, si l’on veut résoudre le problème de l’extraction d’information utile à partir du flot diluvien des big data, on ne pourra pas éternellement se limiter à des algorithmes statistiques travaillant sur le type d’organisation de la mémoire numérique dont nous disposons en 2017. Il faudra tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux, implémenter une organisation de la mémoire conçue dès l’origine pour les traitements sémantiques. On ne pourra apprivoiser culturellement la croissance exponentielle des données – et donc transformer ces données en connaissance réfléchie – que par une mutation qualitative du calcul.

Retenons que la « science des données » (data science en anglais) devient une composante essentielle de la compréhension des phénomènes économiques et sociaux. Plus aucune organisation ne peut s’en passer. Au risque de marcher à l’aveugle, les stratégies économiques, politiques et sociales doivent s’appuyer sur l’art d’analyser les mégadonnées. Mais cet art ne comprend pas seulement les statistiques et la programmation. Il inclut aussi ce que les américains appellent la « connaissance du domaine » et qui n’est autre qu’une modélisation ou une théorie causale de la réalité analysée, théorie forcément d’origine humaine, enracinée dans une expérience pratique et orientée par des fins. Ce sont toujours les humains et leurs récits producteurs de sens qui mobilisent les algorithmes.

Références documentaires

Voir ma collection d’articles sur les “Big Data” dans Scoop.it Les tags peuvent être utilisés pour naviguer dans la collection.

datacentrique.jpgAutour de la Terre, les satellites artificiels transmettent nos communications et transportent une foule d’instruments d’observation et de capteurs : renseignement militaire, documentation du climat, monitoring des écosystèmes, surveillance des récoltes… Plus proche de la surface voici la zone des satellites de basse altitude qui connectent nos téléphones intelligents. Un peu plus bas, les avions sur pilote automatique communiquent avec les stations radar, les bases au sol, tandis que leurs événements internes s’enregistrent dans des boîtes noires. Passée la barrière des nuages se découvrent les réseaux lumineux des métropoles intelligentes. Les cargos, les navettes, les métros, les trains rapides, les flottes de véhicules autonomes se transmettent des signaux, restent en contact avec les satellites et les balises routières, s’échangent leurs passagers et leurs marchandises dûment identifiés. Surveillant le moindre coin de rue, truffant le sous-sol, flottant au milieu des océans, guettant sur les côtes et les sommets, embarqués sur les drones aériens ou sous-marins, les antennes, les capteurs, les caméras inondent de données les centres de calcul. Écouteurs, gants et chaussures sont connectés. Nous voici pourvus de bracelets qui enregistrent notre pouls, la composition chimique de notre sang et de notre peau, envoient les données pour analyse dans les nuages, reçoivent les notifications et conseils de santé en temps réel… Grâce aux identités infalsifiables de l’informatique portable nous passons partout sans fouille ni mot de passe. Les lunettes branchées prennent photos et vidéos, surimposent des couches virtuelles à la vision optique ordinaire et projettent sur demande des cartographies de données. Nos jeux de domination s’alignent sur les capacité d’exploitation de la mémoire et les vitesses d’analyse. Les nouveaux partis politiques rassemblent leurs membres autour de thèses épistémologiques. Entremêlés dans l’économie mondiale et le nouvel espace public transnational, nos essaims d’intelligence collective collaborent et se combattent sur les territoires hyper-connectés des grandes métropoles. Réfléchissant la pensée humaine sur le miroir sémantique du cloud, l’évolution des écosystèmes d’idées déploie son inépuisable spectacle immersif et multi-joueur. La prospérité, la sécurité, l’influence, tout se ramène à une forme ou une autre d’optimisation cognitive… sauf peut-être dans les zones analogiques reculées, presque désertes, qui s’étendent loin des grands centres.

Communication does not entail the use of words as reflected by a majority of the people, but a method employed by the sender to convey a particular message to the audience. Irrespective of the meth…

Source : What I have learnt from the course ” Advanced Theories of Communication”

 

On trouvera maintenant le contenu de mon post expliquant comment jutilise les médias sociaux dans mes cours à l’université à cette adresse  (ISSN 2386-8562)
Ce travail est la pré-impression d’un article dans le numéro 58 de RED. Il sera publié en tant que contribution d’invité, de type «histoire personnelle dans le domaine de la recherche éducative» (Personal History as Educational Research).

Same paper in Spanish

DONNÉES

Je me tiens à la disposition de toute équipe de recherche en sciences de l’éducation ou pédagogie pour aider à analyser les données produites par mes deux cours #UOAC (en anglais) et #UOIM (en français). Ces données consistent en Tweets, Moments et Blogposts. Tous les moments et Blogposts ont été publiés sur Twitter avec les hashtags correspondants.

Un article dans Quartier Libre (Journal des étudiants de l’Université de Montréal):

Moments (choix personnel de tweets) issus de mes cours de l’automne 2016

Mon cours de cent étudiants de deuxième année à l’hiver 2017: #uotm17

Choix de Storifys ou Moments de mes étudiants de 2016 (travail en cours, plus à venir):

A unique experience

How free are we?” C’est beau comme un poème soufi !

Choix de blogposts de mes étudiants témoignant de l’efficacité de la méthode “Twitter en Classe” (travail en cours, plus à venir)

Le meilleur cours de toute ma vie

prendre des notes en Tweetant“!

Voyage au monde des médias

Le système est simple, mais efficace.

Twitter et la mémoire collective

Les tweets nous permettaient de nous remémorer les sujets discutés en classe presque dans leur intégralité.

Un cours qui a changé ma perception de l’apprentissage

Innover pour enseigner

“Le cours de CMN 1560 a été un de mes cours préférés lors du trimestre d’automne 2016. Mon professeur M. Pierre Lévy a véritablement changé la façon d’apprendre la matière du cours. La grande majorité des étudiants ont bien apprécié le cours. Vers la fin du trimestre, j’ai vu beaucoup de tweets exprimant comment agréables que les étudiants ont trouvés le cours. Nous utilisons les médias sociaux, spécifiquement Twitter pour faire une prise de notes collectives. Effectivement, je pourrais toujours, comme n’importe qui, accéder à la matière qui m’a été enseignée durant mon cours grâce au #uoim sur Twitter. Ici je peux retrouver tout les notes, les questions, et les remarques ou commentaires que les étudiants ont tweetés en relation avec le contenu du cours. Cet élément interactif du cours a intéressé plusieurs étudiants et rendait la matière plus fascinante. Personnellement, j’ai bien aimé assister aux séances en classe, je ne les trouvais pas du tout ennuyantes 

This course, Advanced theories of communication, was like none other that I had ever taken.

The potential of Twitter for education

Collective intelligence in the classroom

I have learned to use the media that are at my fingertips

Communication happened

Becoming an autonomous thinker

what more professors should do nowadays to make their courses more interactive and stimulating

6 Things I Learned From Pierre Levy

“When we started the class and the professor told us to only take notes via twitter, I was very skeptical. I did not want to have an open mind towards his new method of teaching despite the fact that I am considered to be part of the millennials generation and you know we are known for our excessive use of technology”

From the blogpost of Cindi Cai ” Moreover, this advanced theory of communication not only taught me how to be a good speaker, but also in the class, I learnt how to be a good listener. For example, in the class, the professor encouraged students to participate in the class Q&A section by twittering through the internet, which allows every single student to have a chance to ask questions, and at the same time also encourage students to listen to other students’ ideas toward the subject. We, as students in the class just need to focus on the speech that the professor have given to the students, and catch the content in which we have questions, doubts, and raise our questions by twittering in order to get answers from the professor, while the professor also need to listen to students opinion by checking out the course tag.  For doing so, students have equal chances to listen and get their answers from the professor, and also students get an opportunity to listen to or inspired from other students’ learning stories( storify, blog post ).This teaching method is very interesting to me, because as a university student, what I want from the university is not just a piece of degree certificate, but also an opportunity to develop the ability to think extensively, solve problems, and challenge myself. To be honest, before I took this class, I was so tired of university, because I found that every single class I took at the University of Ottawa was really boring, and most students included me was more like machine, though we kept going to every class, and studied hard, we just wanted a better grade, and after exams or assignments, we just simply forgot what we have learnt in the class. This situation made me feel nervous and I started to doubt my university life and wonder if university could really help me in my future development?

Luckily, the CMN 3109 class strongly changed my mind toward university, because in the class, under the unique teaching method of the professor, I realized that if I just focus on grades, there’s a strong possibility that I won’t be as prepared for the world outside of university. But if I focus on learning as much as I can, and engage with all the opportunities presented by the class, I will be in a much better position to thrive after I graduate. It is just like how those communication techniques inspired me to how to be a better yoga instructor, this course has truly encouraged me to build my knowledge of the whole communication process, and rebuild my confidence to prepare for my future yoga teacher career positively….”

Pierre Lévy est l’inventeur, il y a 20 ans, du concept “d’intelligence collective”. Concept qui a aujourd’hui beaucoup de succès dans la Silicon Valley. Actuellement, il est Professeur à l’Université d’Ottawa. Blockchain est le sujet de notre entretien. Sa vision reste très avancée sur son temps. Pour lui: tous les intermédiaires ont du souci à se faire: Notaires, Avocats, Banquiers, Commerçants, etc. vont à l’avenir plus ou moins disparaître car la question de leur contribution dans la chaîne de la valeur va être remise en question par les blockchains.

Voici en résumé le développement de son point de vue.

Comme tout le monde le sait maintenant, les blockchains sont des technologies informatiques destinées à suivre des contrats sécurisés, transparents et décentralisés et pas seulement ceux liés aux bitcoins.

Par extension, les blockchains constituent des bases de données qui contiennent l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis leur création. Ces bases de données sont sécurisées et distribuées : elles sont partagées par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité des données.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’absence d’intermédiaire. Imaginez-vous une société sans intermédiaire … purement directe à l’instar de Luther et Calvin qui ont appelé les fidèles à s’adresser directement à Dieu en se passant des curés et du latin, ce qui a abouti à la création de la Réforme. Eh bien, c’est exactement ce qui se passe, affirme Pierre Lévy. On peut l’appeler de diverses façons: révolution numérique, révolution 4.0, etc. mais cela va bien au-delà, c’est la fin programmée ou codifiée des intermédiaires.

Personne ne semble prendre la mesure d’une telle Réforme. Et pourtant dans cette conception économique, le client parlera directement avec l’usine, il traitera immédiatement avec les fabricants et de même l’usine via l’Internet des Objets et les contrats de type blockchain n’auront plus besoin d’ “inter-médiation”.

Cela est vrai pour la finance, le commerce, l’industrie… mais aussi pour les médias, l’enseignement ou encore et surtout les États. En comprenant bien que l’une des fonctions importantes des États, ce sont les enregistrements de toute sorte notamment des contrats comme les mariages, les naissances, les propriétés privées, etc. vous vous imaginez bien à quel point les blockchains vont révolutionner les Etats et sa bureaucratie en général. Plus besoin de notaires, ni de registres foncier avec les blockchains. Cela devient tout simplement très concret et va entraîner une réduction massive des fonctionnaires.

Pierre Lévy pense aussi que le domaine de la Santé va évoluer vers des pratiques digitales nouvelles et moins coûteuses. Ici il s’appuie sur l’idée que des actes médicaux de toute sorte vont être chaînés dans les blockchains. D’une part, cela permettra une meilleure prise en compte des actes médicaux par l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de la santé afin d’en diminuer les erreurs, les doublons, etc. tout en améliorant la qualité des soins pour un moindre coût et d’autre part, permettrait une plus grande transparence des interventions. Le dossier médical serait alors une collection de plusieurs blockchains toutes liées à des maladies ou des interventions chirurgicales précises. Les “blockchains-santés” seraient notre historique médical sécurisé et accessible à tous les parties prenantes en temps réel et aussi connectées avec des capteurs incorporés (pacemakers) ou non (montre connectées).

Les “blockchains-santés” du futur, ce sont donc à la fois des actes médicaux, des données actives provenant des capteurs, et des appréciations patients (self quantified) le tout dans un grand registre historique entièrement informatisé, transparent, sécurisé et distribué.

En tous les cas, demain, la donnée-patient sera au cœur du processus santé.

(Article rédigé par Xavier Comtesse et paru le Mercredi 19 octobre dans le Journal économique AGEFI en Suisse)

What is IEML?

  • IEML (Information Economy MetaLanguage) is an open (GPL3) and free artificial metalanguage that is simultaneously a programming language, a pivot between natural languages and a semantic coordinate system. When data are categorized in IEML, the metalanguage compute their semantic relationships and distances.
  • From a “social” point of view, on line communities categorizing data in IEML generate explorable ecosystems of ideas that represent their collective intelligence.
  • Github.

What problems does IEML solve?

  • Decompartmentalization of tags, folksonomies, taxonomies, ontologies and languages (french and english for now).
  • Semantic search, automatic computing and visualization of semantic relations and distances between data.
  • Giving back to the users the information that they produce, enabling reflexive collective intelligence.

Who is IEML for?

Content curators

  • knowledge management
  • marketing
  • curation of open data from museums and libraries, crowdsourced curation
  • education, collaborative learning, connectionists MOOCs
  • watch, intelligence

Self-organizing on line communities

  • smart cities
  • collaborative teams
  • communities of practice…

Researchers

  • artificial intelligence
  • data analytics
  • humanities and social sciences, digital humanities

What motivates people to adopt IEML?

  • IEML users participate in the leading edge of digital innovation, big data analytics and collective intelligence.
  • IEML can enhance other AI techniques like machine learning, deep learning, natural language processing and rule-based inference.

IEML tools

IEML v.0

IEML v.0 includes…

  • A dictionary of  concepts whose edition is restricted to specialists but navigation and use is open to all.
  • A library of tags – called USLs (Uniform Semantic Locators) – whose edition, navigation and use is open to all.
  • An API allowing access to the dictionary, the library and their functionalities (semantic computing).

Intlekt v.0

Intlekt v.0 is a collaborative data curation tool that allows
– the categorization of data in IEML,
– the semantic visualization of collections of data categorized in IEML
– the publication of these collections

The prototype (to be issued in May 2018) will be mono-user but the full blown app will be social.

Who made it?

The IEML project is designed and led by Pierre Lévy.

It has been financed by the Canada Research Chair in Collective Intelligence at the University of Ottawa (2002-2016).

At an early stage (2004-2011) Steve Newcomb and Michel Biezunski have contributed to the design and implementation (parser, dictionary). Christian Desjardins implemented a second version of the dictionary. Andrew Roczniak helped for the first mathematical formalization, implemented a second version of the parser and a third version of the dictionary (2004-2016).

The 2016 version has been implemented by Louis van Beurden, Hadrien Titeux (chief engineers), Candide Kemmler (project management, interface), Zakaria Soliman and Alice Ribaucourt.

The 2017 version (1.0) has been implemented by Louis van Beurden (chief engineer), Eric Waldman (IEML edition interface, visualization), Sylvain Aube (Drupal), Ludovic Carré and Vincent Lefoulon (collections and tags management).

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Dice sculpture by Tony Cragg

ON A TROUVÉ des programmeurs pour produire une démo de la sphère sémantique IEML durant l’été-automne 2016! Ce n’est plus la peine de contacter Pierre Lévy (en tous cas, plus pour ça).

IEML

IEML est une langue artificielle dont les expressions calculent automatiquement leurs relations sémantiques. C’est à la fois une langue et un langage de programmation. Si l’on se sert d’IEML pour catégoriser des données, on obtient une mémoire “auto-analytique” où les données calculent et visualisent leurs relations et distances sémantiques. Le but à long terme est d’offrir des outils de connaissance de soi à une intelligence collective réflexive. IEML se traduit évidemment en langues naturelles (pour le moment: français et anglais) et peut servir de langage pivot entre les langues.

L’application web à programmer – un outil de curation de données – vise à offrir une démonstration logicielle de la recherche sur IEML menée par le prof. Pierre Lévy à la CRC en intelligence collective de l’Université d’Ottawa de 2002 à 2016.

Une application ouverte, gratuite, au bénéfice du bien commun

– Les modules logiciels seront publiés sur Github sous la license GPL version 3 (et suivantes)
– Une API donnera accès au noyau de la sphère sémantique: dictionnaire, bibliothèque d’expressions et moteur de calcul sémantique
– L’application sera disponible à l’adresse ieml.org

Détail de l’application en quatre couches

1) L’éditeur de dictionnaire  – parseur, calcul des tables paradigmatiques, calcul des relations entre termes – a été programmé par Andrew Roczniak.
2) L’éditeur de la bibliothèque d’expressions IEML – parseur, visualisation et édition du contenu de la bibliothèque – a été programmée par Louis van Beurden et Hadrien Titeux, avec l’aide de Florent Thomas-Morel.
3) Le moteur sémantique – calcul des relations entre expressions, des distances, search, ranking sémantique, visualisation d’une expression dans un ensemble, visualisation d’un ensemble d’expressions – sera programmé par Louis van Beurden, Hadrien Titeux et Alice Ribaucourt.
4) L’application démo mono-utilisateur pour la curation de données : fonctions de catégorisation de données et de navigation dans la mémoire, y compris la bibliothèque et le dictionnaire, moyennant les outils du moteur sémantique. On a trouvé des programmeurs pour cette quatrième couche: Candide Kemmler et Zack Soliman

Travail attendu du(de la) programmeur(programmeuse) web recherché(e)

1- Collaboration étroite avec l’équipe : Louis van Beurden, Hadrien Titeux, Alice Ribeaucourt
2- Conception, en collaboration avec Pierre Lévy, de l’application-démo “curation de données”, intégration du dictionnaire, bibliothèque et moteur sémantique dans la couche application-démo sous une interface et une expérience utilisateur uniforme.
3- Programmation (Javascript, Angular 2, HTML) de la couche “démo-curation de données”

Types de personnes visés par la démo

– chercheurs en intelligence artificielle / traitement automatique des langues naturelles
– chercheurs en sciences humaines et sociales (digital humanities)
– curateurs des données publiques des musées et bibliothèques (curation crowdsourcée)
– éducateurs, environnements d’apprentissage collaboratifs / connexionnistes (MOOCs, etc.)

Quand et où

Quatre mois à temps plein du 1er juin au 30 septembre. Possibilités d’extension.

Université d’Ottawa, région Montréal et/ou Ottawa

Contact
@plevy

Quelques documents pertinents

Les fondements philosophiques et scientifiques ont été présentés dans
La Sphère sémantique, 1

Le “devis technique” fondamental est contenu dans
La Sphère sémantique, 2

Les implications culturelles et sociales sont décrits dans
L’intelligence algorithmique (à paraître)

Voir aussi: The Basics of IEML

 

Après avoir posé dans un post précédent les principes d’une cartographie de l’intelligence collective, je m’intéresse maintenant au développement humain qui en est le corrélat, la condition et l’effet de l’intelligence collective. Dans un premier temps, je vais élever au carré la triade sémiotique signe/être/chose (étoile/visage/cube) pour obtenir les neuf «devenirs», qui pointent vers les principales directions du développement humain.

F-PARA-devenirs-1.jpgCarte des devenirs

Les neuf chemins qui mènent de l’un des trois pôles sémiotiques vers lui-même ou vers les deux autres sont appelés en IEML des devenirs (voir dans le dictionnaire IEML la carte sémantique M:M:.) Un devenir ne peut être réduit ni à son point de départ ni à son point d’arrivée, ni à la somme des deux mais bel et bien à l’entre-deux ou à la métamorphose de l’un dans l’autre. Ainsi la mémoire signifie ultimement «devenir chose du signe». On remarquera également que chacun des neufs devenirs peut se tourner aussi bien vers l’actuel que vers le virtuel. Par exemple, la pensée peut prendre comme objet aussi bien le réel sensible que ses propres spéculations. A l’autre bout du spectre, l’espace peut référer aussi bien au contenant de la matérialité physique qu’aux idéalités de la géométrie. Au cours de notre exploration, nous allons découvrir que chacun des neufs devenirs indique une direction d’exploration possible de la philosophie. Les neuf devenirs sont à la fois conceptuellement distincts et réellement interdépendants puisque chacun d’eux a besoin du soutien des autres pour se déployer.

Pensée

Dans la pensée – s. en IEML – aussi bien la substance (point de départ) que l’attribut (point d’arrivée) sont des signes. La pensée relève en quelque sorte du signe au carré. Elle marque la transformation d’un signe en un autre signe, comme dans la déduction, l’induction, l’interprétation, l’imagination et ainsi de suite.

Le concept de pensée ou d’intellection est central pour la tradition idéaliste occidentale qui part de Platon et passe notamment par Aristote, les néo-plationciens, les théologiens du moyen-Age, Kant, Hegel et jusqu’à Husserl. L’intellection se trouve également au coeur de la philosophie islamique, aussi bien chez Avicenne (Ibn Sina) et ses contituateurs dans la philosophie iranienne jusqu’au XVIIe siècle que chez l’andalou Averroes (Ibn Roshd). Elle l’est encore pour la plupart des grandes philosophies de l’Inde méditante. L’existence humaine, et plus encore l’existence philosophique, est nécessairement plongée dans la pensée discursive réfléchissante. Où cette pensée prend-elle son origine ? Quelles sont ses structures ? Comment mener la pensée humaine à sa perfection ? Autant de questions que l’interrogation philosophique ne peut éluder.

Langage

Le langage – b. en IEML – s’entend ici comme un code (au sens le plus large du terme) de communication qui fonctionne effectivement dans l’univers humain. Le langage est un «devenir-être du signe», une transformation du signe en intelligence, une illumination du sujet par le signe.

Certaines philosophies adoptent comme point de départ les problèmes du langage et de la communication. Wittgenstein, par exemple, a fait largement tourner sa philosophie autour du problème des limites du langage. Mais il faut noter qu’il s’intéresse également à des questions de logique et au problème de la vérité. Dans un style différent, un philosophe comme Peirce n’a cessé d’approfondir la question de la signification et du fonctionnement des signes. Austin a creusé le thème des actes de langage, etc. On comprend que ce devenir désigne le moment sémiotique (ou linguistique) de la philosophie. L’Homme est un être parlant dont l’existence ne peut se réaliser que par et dans le langage.

Mémoire

Dans la mémoire – t. en IEML – le signe en substance se réifie dans son attribut chose. Ce devenir évoque le geste élémentaire de l’inscription ou de l’enregistrement. Le devenir chose du signe est ici considéré comme la condition de possibilité de la mémoire. Il commande la notion même de temps.

Le passage du temps et son inscription – la mémoire – fut un des thèmes de prédilection de Bergson (auteur notamment de Matière et Mémoire). Bergson mettait l’épaisseur de la vie et le jaillissement évolutif de la création du côté de la mémoire par opposition avec le déterminisme physicien du XIXe siècle (la « matière ») et le mécanisme logico-mathématique, assignés à l’espace. On trouve également une analyse fine du passage du temps et de son inscription dans les philosophies de l’impermanence et du karma, comme le bouddhisme. L’évolutionnisme, de manière générale, qu’il soit cosmique, biologique ou culturel, se fonde sur une dialectique du passage du temps et de la rétention d’une mémoire codée. Notons enfin que nombre de grandes traditions religieuses se fondent sur des écritures sacrées relevant du même archétype de l’inscription. En un sens, parce que nous sommes inévitablement soumis à la séquentialité temporelle, notre existence est mémoire : mémoire à court terme de la perception, mémoire à long terme du souvenir et de l’apprentissage, mémoire individuelle où revivent et confluent les mémoires collectives.

Société

Dans la société – k. en IEML –, une communauté d’êtres s’organise au moyen de signes. Nous nous engageons dans des promesses et des contrats. Nous obéïssons à la loi. Les membres d’un clan ont le même animal totémique. Nous nous battons sous le même drapeau. Nous échangeons des biens économiques en nous mettant d’accord sur leur valeur. Nous écoutons ensemble de la musique et nous partageons la même langue. Dans tous ces cas, comme dans bien d’autres, une communauté d’humains converge et crée une unité sociale en s’attachant à une même réalité signifiante conventionnelle : autant de manières de « faire société ».

On sait que la sociologie est un rejeton de la philosophie. Avant même que la discipline sociologique ne se sépare du tronc commun, le moment social de la philosophie a été illustré par de grands noms : Jean-Jacques Rousseau et sa théorie du contrat, Auguste Comte qui faisait culminer la connaissance dans la science des sociétés, Karl Marx qui faisait de la lutte des classes le moteur de l’histoire et ramenait l’économie, la politique et la culture en général aux « rapports sociaux réels ». Durkheim, Mauss, Weber et leurs successeurs sociologues et anthropologues se sont interrogé sur les mécanismes par lesquels nous « faisons société ». L’homme est un animal politique qui ne peut pas ne pas vivre en société. Comment vivifier la philia, lien d’amitié entre les membres de la même communauté ? Quelles sont les vraies ou les bonnes sociétés ? Spirituelles, cosmopolites, impériales, civiques, nationales…? Quels sont les meilleurs régimes politiques ? Autant d’interrogations toujours ouvertes.

Affect

Dans l’affect – m. en IEML – un être s’oriente vers d’autres êtres, ou détermine son intériorité la plus intime. L’affect est ici entendu comme le tropisme de la subjectivité. Désir, amour, haine, indifférence, compassion, équanimité sont des qualités émotionnelles qui circulent entre les êtres.

Après les poètes, les dévots et les comédiens, Freud, la psychanalyse et une bonne part de la psychologie clinique insistent sur l’importance de l’affect et des fonctions émotionnelles pour comprendre l’existence humaine. On a beaucoup souligné récemment l’importance de « l’intelligence émotionnelle ». Mais la chose n’est pas nouvelle. Cela fait bien longtemps que les philosophes s’interrogent sur l’amour (voir le Banquet de Platon) et les passions (Descartes lui-même a écrit un Traité des passions), même s’il n’en font pas toujours le thème central de leur philosophie. L’existence se débat nécessairement dans les problèmes affectifs parce qu’aucune vie humaine ne peut échapper aux émotions, à l’attraction et à la répulsion, à la joie et à la tristesse. Mais les émotions sont-elles des expressions légitimes de notre nature spontanée ou des «poisons de l’esprit» (selon la forte expression bouddhiste) auxquels il ne faut pas laisser le gouvernement de notre existence ? Ou les deux ? De nombreuses écoles philosophiques aussi bien Orient qu’en Occident, ont vanté l’ataraxie, le calme mental ou, tout au moins, la modération des passions. Mais comment maîtriser les passions, et comment les maîtriser sans les connaître ?

Monde

Dans le monde – n. en IEML – les êtres humains (être en substance) s’expriment dans leur environnement physique (chose en attribut). Ils habitent cet environnement, ils le travaillent au moyen d’outils, ils en nomment les parties et les objets, leur attribuent des valeurs. C’est ainsi que se construit un monde culturellement ordonné, un cosmos.

Nietzsche (qui accordait un rôle central à la création des valeurs), tout comme la pensée anthropologique, fondent principalement leur approche sur le concept de « monde », ou de cosmos organisé par la culture humaine. La notion indienne tout-englobante de dharma se réfère ultimement à un ordre cosmique transcendant qui veut se manifester jusque dans les plus petits détails de l’existence. L’interrogation philosophique sur la justice rejoint cette idée que les actes humains sont en résonance ou en dissonance avec un ordre universel. Mais quelle est la « voie » (le Dao de la philosophie chinoise) de cet ordre ? Son universalité est-elle naturelle ou conventionnelle ? A quels principes obeit-elle ?

Vérité

La vérité – d. en IEML – décrit un « devenir signe de la chose ». Une référence (un état de chose) se manifeste par un message déclaratif (un signe). Un énoncé n’est vrai que s’il contient une description correcte d’un état de choses. L’authenticité se dit d’un signe qui garantit une chose.

La tradition logicienne et la philosophie analytique s’intéressent principalement au concept de vérité (au sens de l’exactitude des faits et des raisonnements) ainsi qu’aux problèmes liés à la référence. L’épistémologie et les sciences cognitives qui se situent dans cette mouvance mettent au fondement de leur démarche la construction d’une connaissance vraie. Mais, au-delà de ces spécialisations, la question de la vérité est un point de passage obligé de l’interrogation philosophique. Même les plus sceptiques ne peuvent renoncer à la vérité sans renoncer à leur propre scepticisme. Si l’on veut mettre l’accent sur sa stabilité et sa cohérence, on la fera découler des lois de la logique et de procédures rigoureuses de vérification empirique. Mais si l’on veut mettre l’accent sur sa fragilité et sa multiplicité, on la fera sécréter par des paradigmes (au sens de Khun), des épistémès, des constructions sociales de sens, toutes variables selon les temps et les lieux.

Vie

Dans la vie – f. en IEML – une chose substantielle (la matérialité du corps) prend l’attribut de l’être, avec sa qualité d’intériorité subjective. La vie évoque ainsi l’incarnation physique d’une créature sensible. Quand un être vivant mange et boit, il transforme des entités objectivées en matériaux et combustibles pour les processus organiques qui supportent sa subjectivité : devenir être de la chose.

Les empiristes fondent la connaissance sur les sens. Les phénoménologues analysent notamment la manière dont les choses nous apparaissent dans la perception. Le biologisme ramène le fonctionnement de l’esprit à celui des neurones ou des hormones. Autant de traditions et de points de vue qui, malgré leurs différences, convergent sur l’organisme humain, ses fonctions et sa sensibilité. Beaucoup de grands philosophes furent des biologistes (Aristote, Darwin) ou des médecins (Hippocrate, Avicenne, Maïmonide…). Médecine chinoise et philosophie chinoise sont profondément interreliées. Il est indéniable que l’existence humaine émane d’un corps vivant et que tous les événements de cette existence s’inscrivent d’une manière ou d’une autre dans ce corps.

Espace

Dans l’espace – l. en IEML –, qu’il soit concret ou abstrait, une chose se relie aux autres choses, se manifeste dans l’univers des choses. L’espace est un système de transformation des choses. Il se construit de relations topologiques et de proximités géométriques, de territoires, d’enveloppes, de limites et de chemins, de fermetures et de passages. L’espace manifeste en quelque sorte l’essence superlative de la chose, comme la pensée manifestait celle du signe et l’affect celle de l’être.

Sur un plan philosophique, les géomètres, topologues, atomistes, matérialistes et physiciens fondent leurs conceptions sur l’espace. Comme je le soulignais plus haut, le géométrisme idéaliste ou l’atomisme matérialiste se rejoignent sur l’importance fondatrice de l’espace. Les atomes sont dans le vide, c’est-à-dire dans l’espace. L’existence humaine se projette nécessairement dans la multitude spatiale qu’elle construit et qu’elle habite : géographies physiques ou imaginaires, paysages urbains ou ruraux, architectures de béton ou de concepts, distances géométriques ou connexions topologiques, replis et réseaux à l’infini.

On peut ainsi caractériser les philosophies en fonction du ou des devenirs qu’elles prennent pour point de départ de leur démarche ou qui constituent leur thème de prédilection. Les devenirs IEML représentent des « points de passage obligé » de l’existence. Dès son alphabet, le métalangage ouvre la sphère sémantique à l’expression de n’importe quelle philosophie, exactement comme une langue naturelle. Mais c’est aussi une langue philosophique, conçue pour éviter les zones cognitives aveugles, les réflexes de pensée limitants dus à l’usage exclusif d’une seule langue naturelle, à la pratique d’une seule discipline devenue seconde nature ou à des points de vue philosophiques trop exclusifs. Elle a justement été construite pour favoriser la libre exploration de toutes les directions sémantiques. C’est pourquoi, en IEML, chaque philosophie apparaît comme une combinaison de points de vue partiels sur une sphère sémantique intégrale qui peut les accommoder toutes et les entrelace dans sa circularité radicale.